Les cultures et l’élevage bovin souffrent déjà des trop rares averses de pluie, et on prévoit déjà que les impacts se feront sentir jusqu’en 2021.
Les cultures et l’élevage bovin souffrent déjà des trop rares averses de pluie, et on prévoit déjà que les impacts se feront sentir jusqu’en 2021.

Après le marathon, le « Ironman agricole »

Si les agriculteurs se sont retrouvés dans un marathon de survie provoqué par la COVID-19, les voilà poussés dans un « Ironman » imposé par la sécheresse et la canicule qui n’en finit plus. Les cultures et l’élevage bovin souffrent déjà des trop rares averses de pluie, et on prévoit déjà que les impacts se feront sentir jusqu’en 2021.

« Un ami agriculteur de Poltimore (Val-des-Monts) me disait que 2020 était comme un Ironman », dit Sylvain Bertrand, administrateur de l’Union des producteurs agricoles (UPA) — secteur des Collines de l’Outaouais et copropriétaire de la ferme Aux Saveurs des Monts.

M. Bertrand fait allusion à la course de très longue distance Ironman pour résumer une année déjà très longue, qui s’éternise et devient encore plus difficile à franchir. « Le monde commence à se rendre compte que le fourrage servant à nourrir les bêtes va manquer. La production de foin est trop faible, car il n’a pas assez plu. La plus grosse production de foin, c’est à cette période-ci de l’année que ça se passe. La deuxième et dernière récolte à la fin de l’été est moins abondante », dit M. Bertrand.

Selon Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens et producteur de houblon à la ferme Chlodowig de Saint-Eugène, les récentes coupes de foin représentent entre 40 % et 60 % du tonnage habituel pour cette période de l’année. « On ne sait même pas si on va avoir une deuxième coupe en septembre. Ça va être difficile d’assurer l’alimentation animale. »

Les deux agriculteurs prévoient une hausse importante du prix du foin, plus rare cette année. Certains pourraient même « importer » du foin d’autres régions comme la Gaspésie ou le Témiscamingue.

Les éleveurs de bétail et les animaux pouvant être nourris à la moulée s’en sortiraient mieux, selon eux. Les vaches laitières, par exemple, peuvent être nourries au maïs ensilage.

« Certains éleveurs commencent à croire qu’ils seront forcés d’abattre des bêtes cet hiver, car ils ont peur de ne plus pouvoir les nourrir », rapporte M. Bertrand.

Les cultures et l’élevage bovin souffrent déjà des trop rares averses de pluie, et on prévoit déjà que les impacts se feront sentir jusqu’en 2021.

Longue route jusqu’en 2021

Les impacts de la météo actuelle se feront sentir jusqu’en 2021. « Ce qui vient d’être planté en prévision de l’été 2021 manque aussi d’eau, poursuit M. Bertrand. Pour certaines cultures, on parle déjà de taux de mortalité de plants de 30 à 40 %. Ce sont déjà des pertes pour l’an prochain. Les changements climatiques, là, on y goûte pour vrai. Des températures de 35 degrés sur plusieurs semaines, on va en voir d’autres dans les prochaines années. »

« Pour les jeunes qui se sont lancés dans une nouvelle aventure agricole récemment, ça va être très difficile, dit M. Bertrand. J’ai peur que certains ne passent pas l’année. »

Les récoltes dans le nord de l’Ontario semblent meilleures que dans l’est de la province, observe M. Lafond. « Dans l’est et au sud de l’Ontario, la neige est partie tôt, le printemps a été froid, et maintenant on manque de pluie et il fait trop chaud. La culture maraîchère est en retard de deux ou trois semaines, les plantes sont en dormance en attendant la pluie. »

La sécheresse affecte les récoltes dans la région.

Le maïs — ou le fameux « blé d’Inde » à deux couleurs — pourrait être plus petit, cette année. « Les plants ne sont pas très hauts », dit Danick Lafond. C’est aussi difficile pour les cultures de seigle et d’avoine. Les rendements sont assez faibles. »

Lueur d’espoir au tableau : les consommateurs ont réalisé — « un peu grâce à la COVID » selon M. Bertrand — l’importance « d’acheter local », et de se nourrir de produits régionaux.

Seulement que pour le Marché de l’Outaouais, dit M. Bertrand, la demande de produits est multipliée par trois ou quatre par rapport à 2019. « C’est la lueur d’espoir qui peut nous aider à tenir le coup. »