Ian Lafrenière, nouveau ministre des Affaires autochtones
 Ian Lafrenière, nouveau ministre des Affaires autochtones

Affaires autochtones: obligation d’actions pour le nouveau ministre Lafrenière [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Si les personnes sont capables de prendre des responsabilités, je vais leur en laisser. C’est moins de travail pour moi. Je vais leur en laisser tant qu’ils sont capables d’en prendre. Mais évidemment, c’est mon rôle de réaligner, de faire le suivi. Mais à partir du moment où les ministres livrent, c’est un grand plaisir pour moi de leur laisser plus de responsabilités.»

En quelques phrases, vendredi matin, François Legault a résumé pourquoi il change de ministre responsable des Affaires autochtones. En point de presse avec son nouveau ministre, Ian Lafrenière, le premier ministre Legault a aussi parlé du besoin de donner «un nouvel élan» avec «une nouvelle équipe», ne se disant «pas prêt à lancer la pierre à Sylvie D’Amours» même s’il la démet de ses fonctions.

Conséquence directe du manque d’actions de la part de Mme D’Amours depuis le dépôt du rapport Viens, il y a un an. La Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, présidée par l’ex-juge Jacques Viens, contient 142 recommandations qui attendent toujours d’être mises en œuvre.

La mort à l’Hôpital de Joliette d’une Attikamek de 37 ans mère de sept enfants, Joyce Echaquan, la semaine dernière, a précipité les choses. Surtout la vidéo que Mme Echaquan a elle-même diffusée quelques heures avant de décéder et où l’on entend les propos racistes et dégradants dirigés à son endroit par du personnel soignant. Une infirmière et une préposée ont depuis été congédiées.

Vendredi, au tour d’une ministre. Et d’une sous-ministre, la secrétaire générale associée chargée du Secrétariat aux affaires autochtones, Marie-José Thomas, a aussi perdu son poste.

Pas de racisme systémique

Ex-policier élu député pour la Coalition avenir Québec en 2018, à Longueuil, M. Lafrenière ne reconnaît pas plus que son patron l’existence du racisme systémique au Québec. Par contre, il se dit un homme d’action, comme son patron.

«Vous avez entendu le premier ministre, c’est un homme avec une patience légendaire», a lancé M. Lafrenière, après que le premier ministre ait souligné que «la patience n’est pas ma qualité principale». «Il m’a passé une commande très claire, il veut des résultats. Je dois livrer», a poursuivi le nouveau ministre, qui se promettait de contacter dès vendredi les chefs des 11 nations autochtones du Québec.

Jeudi, M. Legault avait donné le baiser de la mort à la ministre D’Amours en affirmant en mêlée de presse que «ça n’avance pas assez vite, les suites aux recommandations du rapport Viens. Je vais m’impliquer personnellement».

Cette implication personnelle se traduira en une présence du premier ministre «à un certain nombre de rencontres, a-t-il précisé vendredi. Évidemment, je ne peux pas être là dans les négociations avec les 11 nations puis les 55 communautés», bien que ce soit la demande de certains représentants autochtones. «Je vais suivre le dossier avec Ian. On a comme un petit bulletin, il y a 142 recommandations du rapport Viens. Sur combien on peut dire “check”?

«Rappelons-nous que dans le dernier budget du printemps, on a mis de côté 200 millions $ [sur cinq ans, pour les Autochtones]. Il n’y a pas un sou de dépensé à date. Il faut commencer à s’entendre», souhaite M. Legault, répétant que «ce n’est pas simple de négocier avec les nations autochtones». 

Dans un communiqué, le Conseil de la Nation Attikamek (CNA) a assuré sa collaboration au nouveau ministre, espérant que «cette nomination accompagne une réelle volonté politique de faire avancer les choses, ainsi que le pouvoir et les moyens d’y arriver». Par contre, l’ex-ministre D’Amours «ne peut porter à elle seule l’odieux de l’inaction gouvernementale», ajoute le CNA.