La manière de lutter contre le feu en 2017 n’est plus la même qu’il y a 30 ans. L’équipement, mais aussi les techniques d’intervention ont beaucoup évolué. Notre journaliste l’a constaté personnellement lors d’une formation d’un jour. — photos courtoisie du Service d’incendie d’Ottawa

Adrénaline, feu et... un brin d’angoisse

CHRONIQUE / J’ai récemment célébré mes 32 ans et jamais je n’ai fumé, ne serait-ce même que touché à une seule cigarette. Mais voilà que ça vient de changer.

Pourquoi ? Parce que j’ai appris que de passer 20 minutes au coeur d’un incendie et d’être exposé à la fumée, même protégé avec un uniforme, c’est l’équivalent de fumer un paquet de 25 cigarettes. Cette troublante comparaison m’a marqué, au point où je m’étais promis de l’écrire. 

Et c’est exactement à cet exercice que je me suis prêté vendredi alors que le Service des incendies d’Ottawa (SIO) faisait la démonstration de quelques principes du nouveau curriculum international. Le nouveau programme de formation, rappelons-le, a nécessité trois ans d’analyse et était piloté par le SIO en partenariat avec quatre autres services d’incendie du Canada, en plus d’experts en lutte contre les incendies provenant de 13 pays dont l’Allemagne et la Suède. 

Par où commencer pour raconter cette aventure marquante ? 

D’abord, la veille, il fallait que tous les journalistes qui participaient à l’activité passent des tests avec le masque respiratoire. Et dans mon cas, on m’a rapidement informé qu’il fallait que je dise au revoir à ma barbe, aussi courte soit-elle. On m’a prêté un rasoir et je me suis exécuté en quelques minutes sans crème, non sans me couper. Ça peut sembler bizarre, mais la raison est fort simple : les poils peuvent nuire à l’étanchéité du masque et ainsi nuire à notre sécurité. Conclusion : les pompiers sont donc toujours fraîchement rasés ou presque. 

Sans compter que lorsque j’ai mis ce fameux masque pour la première fois, j’avoue humblement m’être demandé dans quel projet je m’étais embarqué. Une impression d’avoir de la difficulté à respirer convenablement m’a rapidement envahi. Une réaction normale, m’a-t-on répété pour me rassurer.

Après m’être levé aux aurores pour la formation, qui avait lieu sur un terrain au sud-ouest de l’aéroport d’Ottawa, j’ai rencontré le pompier avec lequel j’étais jumelé. Son nom, ironiquement : Dan LeBlanc. L’homme de 45 ans compte 14 ans d’ancienneté au SIO. Nul besoin de dire que je me suis senti en confiance sans délai.

En sa compagnie et celle de trois représentants de l’Association des pompiers de Montréal, qui s’étaient déplacés pour en apprendre davantage sur le programme, j’ai assisté à deux démonstrations à échelle réduite dont une impliquant du propane.

Passer 20 minutes au coeur d’un incendie et être exposé à la fumée, même protégé avec un uniforme, c’est l’équivalent de fumer un paquet de 25 cigarettes.
Les pompiers sont exposés à diverses toxines cancérigènes que l’on retrouve dans la fumée.

Les temps ont changé, si l’on se fie au curriculum 2.0 destiné aux pompiers du monde entier, qui mise sur de nouvelles tactiques d’intervention. La manière de lutter contre le feu en 2017 n’est plus la même qu’il y a 30 ans. Nos maisons contiennent énormément plus d’items combustibles, comme les divans, fabriqués avec une bonne part de plastique. Conséquence : la vitesse de propagation des flammes est trois, voire quatre fois plus rapide qu’avant.

Je n’ai maintenant pas de difficulté à croire qu’un brasier double d’ampleur toutes les sept secondes. Sur le coup de 10 h 45, l’heure est venue de faire l’ultime test.

Dans ma tête, excitation et angoisse s’entremêlaient. Après avoir enfilé tout l’équipement de pompier, dont le poids total avoisine les 70 livres avec la bouteille d’air comprimé, nous avons pénétré dans un conteneur maritime converti en « salle de classe » et dans lequel un incendie a été déclenché. 

Un brin nerveux au départ, j’ai finalement apprécié l’expérience. L’adrénaline était dans le tapis. Agenouillé, j’ai pu constater de mes propres yeux à quel point les flammes ont rapidement envahi la petite pièce, sans compter qu’un véritable plafond de fumée noire s’est dressé à un demi-mètre au-dessus de nos têtes. Puis, la chaleur, qu’on pouvait mesurer grâce à une caméra infrarouge, est devenue suffocante après une quinzaine de minutes. 

Tout ça dans une situation contrôlée, alors je n’ose imaginer l’effort que ça aurait requis s’il avait fallu courir, ramper sur plusieurs mètres, venir au secours d’une personne prise au piège, etc.

Pour respecter le protocole qu’on implante graduellement dans les services d’incendie parce que les mentalités changent, l’expérience s’est terminée avec la décontamination de l’équipement, puisque les pompiers sont exposés à diverses toxines cancérigènes que l’on retrouve dans la fumée.

Chose certaine, si je peux vous garantir une chose après avoir vécu cette expérience qui m’a sorti de ma zone de confort, c’est que j’ai beaucoup de respect pour les pompiers. Chacun son métier, dit l’expression.

Et conseil d’ami : prenez 15 secondes pour vérifier si les piles de vos avertisseurs de fumée sont fonctionnelles.