La mairesse doit répondre à M. Moran, dit le président du conseil municipal

Le président du conseil municipal, Steven Boivin

Au tour du président du conseil municipal de Gatineau, Steven Boivin, de demander à la mairesse France Bélisle de clarifier le fondement de ses accusations envers le chef d’Action Gatineau, Steve Moran, dans le dossier de l’Îlot de la Caserne, ou de se rétracter. Il en va du bon déroulement du conseil municipal, estime-t-il.


«J’ai été assez clair il y a un mois et ma position n’a pas changé, a affirmé M. Boivin en entrevue avec Le Droit. Lorsqu’on lance des accusations, je pense qu’il est important que ce soit fondé. Si ce n’est pas vrai, on fait quoi? C’est la question que j’ai posée il y a un mois et je crois que c’est tout à fait logique que M. Moran pose la même question aujourd’hui. Je crois que la mairesse doit répondre à cette demande-là. Je crois que cette situation doit être clarifiée.»

Steven Boivin affirme être «bien placé» pour comprendre l’impact que peuvent avoir de telles accusations lancées par la mairesse envers un conseiller municipal. «Je me suis aussi fait accuser par la mairesse d’avoir marchandé mon vote il y a un an, rappelle M. Boivin. J’ai dû subir ces accusations là qu’on n’ont jamais été fondée par la suite. On ne peut pas dire que c’est la première fois que ce genre d’incident se produit. Ça vient créer une espèce de narratif dans les médias et la population et je peux comprendre M. Moran de vouloir que la mairesse clarifie cette situation-là.»

La mairesse de Gatineau France Bélisle et le chef d'Action Gatineau, Steve Moran.

En agissant ainsi à l’endroit de M. Moran, Mme Bélisle vient jeter un flou sur le rôle des élus, affirme M. Boivin. «Je ne connais pas beaucoup d’élus qui ne discutent pas avec des promoteurs pour préciser leur vision, leurs attentes et leurs valeurs, dit-il. Pourquoi aurions-nous un registre des lobbyistes si on ne peut pas se parler? Il y a des règles en place pour que ça puisse se faire. Cette situation doit être clarifiée pour que le rôle de tout un chacun soit bien compris.»

Fuite d’une lettre

Les propos de M. Boivin surviennent au lendemain d’une fuite dans plusieurs médias d’une lettre adressée à la mairesse par M. Moran dans laquelle il lui demande de retirer les accusations lancées en mêlée de presse, le 23 août dernier. Il s’agit, selon lui, d’une atteinte à son intégrité qui nuit à l’exercice de ses fonctions. Il accuse au passage la mairesse d’avoir «volontairement omis» de préciser le contexte dans lequel s’inscrit l’article du code de déontologie qu’elle a cité pour tenter de le faire mal paraître.

Mme Bélisle avait accusé le chef d’Action Gatineau d’avoir transgressé le code de déontologie des élus en marchandant son vote contre dix logements sociaux dans le projet Îlot de la Caserne, en plein coeur du centre-ville. «Les exigences de M. Moran sont surprenantes parce qu’elles court-circuitent et désavouent le travail de nos équipes dans un dossier de négociation, avait alors pesté la mairesse. Le code de déontologie dit qu’un élu ne peut pas échanger sa prise de position en fonction d’une demande.» Mme Bélisle avait ensuite dit vouloir valider ses accusations, ce qui n’a pas encore été fait publiquement.

M. Moran rejette l’accusation du revers de la main en rappelant que l’article réfère à des bénéfices personnels à l’intention de l’élu. «Il n’a jamais été question d’une telle sollicitation ou réception en échange d’un avantage personnel», insiste le chef d’Action Gatineau dans sa lettre.

Silence à la mairie

La mairesse France Bélisle a de nouveau refusé les demandes d’entrevue du Droit, lundi. Son attaché de presse, Daniel Feeny, a précisé que la Ville était en congé dans le cadre de la journée nationale Vérité et réconciliation et que la mairesse s’exprimera mardi, en mêlée de presse, si un journaliste l’interpelle à ce sujet.

C’est aussi le silence radio du côté d’Action Gatineau. On affirme que la fuite de la lettre survenue dimanche n’était pas prévue et qu’on souhaite laisser le temps à la mairesse d’y donner suite. M. Moran sera lui aussi disponible pour répondre aux questions en mêlée de presse, assure-t-on.

APCHQ

Du côté de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), on continue d’affirmer qu’une plainte officielle contre M. Moran sera déposée à la Commission municipale du Québec (CMQ), par le directeur général de l’organisme, Nicolas Brisson. L’APCQH dit vouloir procéder ainsi depuis le jour où les accusations ont été portées par la mairesse. «Nos services juridiques travaillent là-dessus, assure M. Brisson. On espère pouvoir déposer notre plainte avant la fin de la semaine. Selon la loi, on a trois ans pour le faire.»