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À Ottawa, 2500 résidents font actuellement l’objet d’un avis d’éviction.
À Ottawa, 2500 résidents font actuellement l’objet d’un avis d’éviction.

ACORN réclame la fin des évictions durant la pandémie

Julien Paquette
Julien Paquette
Le Droit
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Le gouvernement de l’Ontario prolonge d’à peine une semaine le moratoire sur les évictions de logement, une décision qui contribuera à accroître le nombre de personnes en situation d’itinérance, selon l’organisme communautaire ACORN.

La suspension de l’exécution d’expulsions résidentielles — entrée en vigueur à la mi-janvier — prendra fin en même temps que l’ordre de rester à la maison partout en Ontario. À Ottawa, cette ordonnance du gouvernement provincial doit arriver à échéance le 16 février prochain.

Mavis Finnamore, leader au comité des locataires chez ACORN, déplore cette décision du gouvernement ontarien. Elle soutient que l’organisme souhaitait non seulement que le moratoire sur les évictions soit prolongé, mais aussi que les travaux de la Commission de location immobilière (CLI) soient suspendus.

«Si on ne met pas fin à ce cauchemar, on aura un problème bien plus grand au bout du compte et c’est l’itinérance, soutient Mme Finnamore. Les gens à faibles revenus qui seront bientôt expulsés, si par la plus grande des chances, ils trouvent un autre logement disponible, ils n’ont bien souvent pas les moyens de le payer.»

Selon des données compilées par L’Alliance pour mettre un terme à l’itinérance à Ottawa, 2500 résidents de la capitale fédérale font actuellement l’objet d’un avis d’éviction de la part de leur propriétaire. 

Plutôt qu’autoriser les évictions dès la semaine prochaine, ACORN souhaite que le gouvernement provincial aide les gens qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie à payer leurs loyers en retard, au même titre qu’ils offrent de l’aide aux entreprises qui ont vu leurs revenus descendre en flèche en raison de la crise sanitaire.

ACORN souhaite que le gouvernement provincial aide les gens qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie à payer leurs loyers en retard.

Connexions chambranlantes

Les procédures devant la CLI devraient également être suspendues, croit Mavis Finnamore. Celles-ci se déroulent actuellement de façon virtuelle pour limiter la transmission de la COVID-19, ce qui réduit la capacité des personnes à faibles revenus de plaider leur cause, poursuit cette porte-parole d’ACORN.

«Souvent, ce sont les gens qui n’ont pas les moyens d’avoir une connexion Internet à la maison», souligne Mme Finnamore.

Patricia [qui préfère taire son nom complet par crainte de représailles de la part du propriétaire de son logement] doit se présenter mardi devant le tribunal de la CLI pour se défendre d’une demande d’expulsion de la part de son propriétaire. Elle dit avoir une connexion Internet à la maison, mais celle-ci n’est pas suffisamment rapide pour assister à des vidéoconférences.

Cette dernière dit n’avoir eu que 10 jours pour se préparer à son audience et, en raison de travaux qui ont tardé à être réalisés, des infiltrations d’eau ont forcé une coupure complète du courant électrique, ce qui a aussi compliqué sa tâche en vue de son passage devant la CLI.

«Je ne comprends pas comment on peut demander à quelqu’un d’être prêt en seulement 10 jours, dit Patricia. J’ai parlé avec les services d’urgence de la Ville et ils n’ont pas de place en ce moment, alors je risque de me retrouver à la rue avec trois enfants, dont un bébé et un enfant avec des besoins particuliers à qui les chamboulements à la routine causent beaucoup de problèmes.»

ACORN manifestait lundi après-midi devant les bureaux d’Apollo Property Management, l’entreprise gestionnaire de l’immeuble où habite Patricia, pour tenter de les convaincre d’annuler leur avis d’éviction. Des représentants de l’entreprise ont accepté de rencontrer la locataire pour étudier avec elle les factures impayées.

Patricia et Apollo aurait identifié une erreur de facturation pour l’électricité qui est possiblement à l’origine de leur malentendu. Selon une porte-parole d’ACORN, l’entreprise et la locataire auraient payé les factures en double pendant quelques mois.

Lundi soir, l’organisme n’était pas en mesure de confirmer si l’audience de Patricia devant la CLI pourra être reporté, le temps de faire la lumière sur cette potentielle double facturation.