Pour le barista Zacharie Allard et la propriétaire du Café Postal, Adrienne Huard, l'affichage bilingue va de soi. «D'ouvrir mon café ici sans français, ça n'aurait pas été logique», estime Mme Huard.
Pour le barista Zacharie Allard et la propriétaire du Café Postal, Adrienne Huard, l'affichage bilingue va de soi. «D'ouvrir mon café ici sans français, ça n'aurait pas été logique», estime Mme Huard.

À Saint-Boniface, « French is good for business »

Philippe Orfali
Philippe Orfali
Le Droit
À peu près inexistant au centre-ville d'Ottawa ou dans des quartiers autrefois francophones tels Orléans ou Vanier, l'affichage commercial en français est omniprésent à Saint-Boniface, en plein coeur du Manitoba.
Pas de règlement municipal sur l'affichage comme ceux de Clarence-Rockland, Russell, La Nation ou Casselman. Pas de politique de bilinguisme comme celle de la Ville d'Ottawa. Dans ce quartier de Winnipeg, nombre de commerçants ont toutefois compris depuis longtemps que « French is good for business ».
« Un café latte moyen, s'il vous plaît. Pour emporter ! » Rien de plus simple à commander au Café Postal, situé sur le boulevard Provencher, principale artère commerciale de ce quartier, foyer de la communauté franco-manitobaine.
Une commande semblable aurait peu de chances d'être comprise aux abords du parlement canadien.
Pourtant, les Franco-Manitobains sont minoritaires à Saint-Boniface, comptant pour moins du tiers de la population. À titre comparatif, des quartiers d'Ottawa comme Cumberland, Innes, Orléans, Rideau-Vanier et Rideau-Rockcliffe comptent tous une plus grande proportion de francophones. Sans que le français y soit pour autant mis en valeur, tout comme au centre-ville d'Ottawa, d'ailleurs, malgré le nombre important de fonctionnaires francophones y oeuvrant.
Le gros bon sens
« D'ouvrir mon café ici sans français, ça n'aurait pas été logique. Et ça n'aurait pas été respectueux », affirme Adrienne Huard, une anglophone, propriétaire du Café Postal, où menu et service sont offerts dans les deux langues officielles.
« Pour moi, afficher en français, ça 'faisait' du sens. Je veux (soutenir) la communauté », ajoute Mme Huard. C'est pourquoi elle s'est assurée que la majorité du personnel du petit café de quartier parle le français.
La jeune femme d'affaires est loin d'être la seule à penser ainsi, même si les adresses unilingues sont nombreuses dans le quartier franco de Winnipeg. Tout le long du boulevard Provencher et ailleurs, de nombreux commerces affichent dans les deux langues, certains même en français seulement. Sans que le conseil municipal ait eu à se prononcer sur la question, sans États généraux de la francophonie comme ceux d'Ottawa. Surtout, sans débat polémique, diviseur.
Valeur ajoutée à Winnipeg
« Money talks », résume Mariette Mulaire, présidente du World Trade Centre Winnipeg, organisme voué à l'essor des échanges commerciaux internationaux au coeur des Prairies.
« À une certaine époque, il fallait absolument parler de nos droits, de notre survie, explique cette Franco-Manitobaine. Une fois qu'on a eu ça, on s'est dit qu'il fallait continuer de parler du français, mais sur une note plus positive.
« Les francophones du Manitoba ont démontré qu'ils sont une force, qu'il y a une valeur ajoutée au bilinguisme, plutôt qu'un paquet de troubles. »
Adrienne Huard, comme plusieurs, a compris rapidement que c'était « juste le gros bon sens » d'afficher en français, ajoute Mme Mulaire. Et, surtout, que ce serait bon pour les affaires.