Les leaders des sept pays membres du G7, sous la plume de notre caricaturiste André-Philippe Côté.

À quoi ça sert, un G7?

Ça y est! La visite a déjà commencé à s’installer à Québec, Saguenay et La Malbaie. Parmi la masse des «étrangers», un grand nombre de policiers et militaires dont les médias ont grandement relayé le discours sécuritaire. Mais au-delà des quelques manifestations, des craintes des commerçants du centre-ville et des centaines de millions de dollars dépensés pour «protéger» les chefs d’État, il faudrait bien savoir c’est quoi le G7. Et si ce dispendieux lac-à-l’épaule diplomatique sert à quelque chose.

1. Qu’est-ce que le Groupe des sept, ou G7?

«C’est un mécanisme bien particulier dans l’univers de la gouvernance mondiale», répond Louis Bélanger, directeur des Hautes études internationales (HEI) de l’Université Laval. «C’est quelque chose de relativement informel qui permet aux leaders […] des sept grandes puissances industrielles et libérales de se rencontrer et d’échanger dans un contexte de totale intimité, sans journalistes, pratiquement sans aucun membre de leur entourage présent, et de faire le point sur un ensemble de dossiers économiques et politiques.»

Donc, le G7 n’est pas une structure comme l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui, elles, sont très normées. Le G7 est plus flou, observe à son tour Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM). «Le G7 c’est vraiment un endroit où les dirigeants se rencontrent de manière presque confidentielle pour parler le langage, en principe, le plus franc possible.»

2. Pourquoi les chefs d’État tiennent-ils à se voir face à face? Pourquoi ne pas échanger par visioconférence?

D’abord parce que la technologie est imparfaite: «Il n’y a pas vraiment de moyens d’avoir une conversation complètement sécurisée», avance Louis Bélanger, des HEI. «Le fait de se rencontrer en personne, il y a une véritable garantie de confidentialité.» Mais il y a plus, il y a une question de relations humaines: «On peut vraiment bien sentir comment chacun réagit aux propos des autres. […] Les leaders sentent le besoin de se jauger.»

Frédéric Mérand, du CÉRIUM, juge cette contiguïté très importante. «Ça se passe toujours dans un grand hôtel, un grand palace, un endroit magnifique, parce que l’idée c’est que tous les leaders doivent être à proximité. […] L’idée c’est de créer un cadre qui soit “relax”. Le but est de discuter d’enjeux importants dans un cadre décontracté avec le moins de personnes possible autour. […] On veut que la discussion soit la plus franche possible et pour qu’elle soit franche, il ne faut pas qu’il y ait trop de personnes qui écoutent et qui prennent des notes.»

3. Pourquoi déployer un appareil sécuritaire si imposant, démesuré?

Louis Bélanger établit le changement de paradigme au sommet de l’OMC de 1999. Il évoque la «réalité post-Seattle». «Ces sommets sont devenus un lieu de mobilisation pour toutes sortes de manifestants qui profitent de l’occasion, de la présence des médias, pour faire valoir leurs causes, parfois de façon extraordinairement violente.» Donc, les sommets sont depuis organisés dans des lieux isolés, faciles à contrôler, mais assez près d’un centre urbain comme Québec pour y loger les équipes.

Le confrère Frédéric Mérand souligne plutôt les dérapages du Sommet du G8 de Gênes, en Italie, en 2001, où il y a eu mort d’homme. Puis, la même année, l’attentat contre les tours du World Trade Center. «Depuis, les sommets sont très très très protégés. Donc, le paradoxe c’est qu’on a une situation dans laquelle vous avez, dans un hôtel ou un château, une discussion qui est relaxe, décontractée. Mais dans un périmètre de sécurité absolument incroyable, dans lequel les gens ne peuvent pas pénétrer.» Périmètre qui a aussi l’avantage de limiter les fuites d’informations en provenance des salles de réunion.

Il y a toutefois un prix à payer: quelque 605 millions $ ont été officiellement octroyés par Ottawa pour financer son année de présidence du G7, surtout pour le sommet de Charlevoix. Les principales factures émanent de la Défense nationale et des corps policiers.

4. Ces sommets pour le moins dérangeants et coûteux ont-ils une quelconque utilité?

L’économiste Pierre Fortin, émérite de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chroniqueur, est convaincu que les discussions permettent de stabiliser le système monétaire internationale, de coordonner les politiques économiques: «C’est pour ça que le G7 existe.» Même si l’économie de la Chine surpasse maintenant celle des États-Unis, les membres du G7 ont toujours un poids pécuniaire considérable à l’échelle planétaire. Ainsi, durant le dernier ralentissement de 2008-2009, par exemple, les États du G7 ont convenu d’injecter des fonds publics pour soutenir le marché, dit-il. Cette fois-ci, ils évalueront sans doute la vitesse de croissance des taux d’intérêt. 

Le sommet est également fort utile aux yeux de Louis Bélanger, des HEI. «Oui, parce que ça permet véritablement de jauger les opinions et les attitudes des uns et des autres dans un contexte où ils ne sont pas complètement contrôlés, dans un environnement qui n’est pas contrôlé par leurs conseillers. C’est ça qui est véritablement jugé utile par les décideurs.»

Aussi, selon M. Bélanger, la pertinence du G7 sur l’échiquier mondial est revigorée face à la Russie tsariste de Vladimir Poutine et la puissante Chine communiste, des régimes aux idéologies s’éloignant du libéralisme à l’occidentale.

Frédéric Mérand, du CÉRIUM, tient cependant à préciser un des fondements du G7: «Il n’y a pas de décisions qui sont prises, ça ne produit pas de législation ou des décisions concrètes. Ce n’est pas ça l’objectif.» Le but, c’est de discuter en privé de sujets sensibles et de dégager de grands consensus. «Ça ne donne pas toujours de résultats. C’est sûr qu’en ce moment le G7 est très handicapé du fait qu’il y a un pays, les États-Unis, qui est en désaccord avec tous les autres sur presque tous les sujets. Ça ne facilite pas la production de consensus.»

Il semble néanmoins que les Merkel, Abe, Trump, Trudeau et cie se détendraient lorsqu’ils se retrouvent dans la même pièce: «Pour les dirigeants, établir un rapport personnel c’est aussi une façon d’euphémiser les conflits, d’apaiser les tensions. […] La rencontre personnelle est importante.»

5. Si l’objectif est de se voir en petit groupe, pourquoi les chefs d’État sont-ils suivis par des centaines de courtisans?

«Ça varie énormément d’un leader à l’autre», fait remarquer Louis Bélanger de l’Université Laval. «Mais il y a des chefs d’État et de gouvernement qui ne se déplacent jamais sans tout un appareil de conseillers, de gens responsables de leur sécurité, de gens responsables de leurs communications… Ça implique aussi des médecins, les gens qui s’occupent des relations de presse, etc. Il y a tout un entourage qui suit ces gens-là.» Disons simplement que les Italiens voyagent beaucoup plus légèrement que l’Étatsunien Donald Trump.

6. Les politiques, ils feront quoi au Manoir Richelieu?

Le Sommet du G7 dure deux jours, une nuit, les 8 et 9 juin. La première journée, il y a des rencontres de tout le Groupe des 7 avec les représentants de l’Union européenne. Il y a aussi des entretiens plus intimes, bilatéraux, entre des chefs d’État ayant des dossiers communs à régler. Le soir, tout le monde se retrouve pour le repas et le programme culturel. Le lendemain, encore une discussion de groupe. C’est aussi l’occasion d’accueillir les pays invités (souvent des pays en développement) et les représentants d’organisations internationales comme l’ONU et le FMI. Puis il y a une série de conférences de presse.

7. Tout ceci n’est-il que du cinéma, le Sommet du G7 étant précédé d’une multitude de rencontres où les fonctionnaires et ministres s’entendent sur les points à l’ordre du jour?

Vrai que Justin Trudeau a identifié cinq thèmes pour le Sommet du G7 des 8 et 9 juin. Cela ne signifie toutefois pas que les chefs d’État vont discuter de ces thèmes «prioritaires», prévient l’économiste Pierre Fortin. Les sherpas, les émissaires des chefs d’État, auront sans doute préparé des déclarations consensuelles traitant de ces sujets que leurs patrons signeront «les yeux fermés». D’autres thématiques comme le protectionnisme de Donald Trump et l’imposition de tarifs douaniers par Washington, risquent fort d’être abordées… si Trump veut en parler.

«Une rencontre qui ne serait pas préparée en amont, on dirait que c’est improvisé», ajoute Frédéric Mérand, du CÉRIUM. «On n’a pas envie que les dirigeants soient en train d’écrire, entre eux, le communiqué final.»

Il poursuit: «Une particularité du G7, c’est que même s’il y a à la fin un communiqué, une déclaration, et même s’il y a eu beaucoup de travail en amont, on ne sait pas exactement de quoi ils vont parler. […] Ce qu’on ne sait pas, c’est toutes les discussions informelles qui ont lieu en aparté, qui ne figureront ni dans l’ordre du jour ni dans la déclaration finale, et qui sont peut-être le moment le plus important.»

«Des fois oui, c’est “scripté” d’avance», convient quant à lui Louis Bélanger, de Québec. «Mais parfois non. L’année dernière, en Italie, on n’a pas été capable de s’entendre sur bien des éléments du communiqué final parce que c’était la première participation de Donald Trump et il n’était pas prêt à adhérer à un certain nombre d’éléments.»

«On a là au moins un participant qui est reconnu pour quelqu’un qui change souvent d’idée, qui n’écoute pas toujours ce que ses conseillers lui disent de faire et qui, aussi, a cette espèce de tendance à décider des choses sur-le-champ dans des situations où il est en petit comité», ajoute M. Bélanger. «Ça peut réserver des surprises».

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UN PEU D'HISTOIRE

À la naissance du groupe réunissant des puissances économiques qu’on nomme aujourd’hui par son petit nom «G7», le Canada n’était pas sur la liste des invités.

C’est au milieu des années 1970, en plein choc pétrolier, que les Français ont discuté avec les Allemands de réunir des dirigeants afin de chercher des remèdes à la crise. La première fois que les convives ont échangé dans un environnement qui se veut «informel», c’était en 1975. Ce n’est toutefois que l’année suivante que le Canada a pu intégrer le groupe, grâce à l’appui des Américains ; le G7 était né. Pour l’anecdote historique, soulignons que Pierre Elliott Trudeau, père du premier ministre actuel Justin Trudeau, dirigeait le gouvernement à l’époque.

Par la suite, de plus en plus d’organisations internationales ont pu frayer avec les chefs d’État du G7, dont l’Union européenne et la Commission européenne. À Québec, le fédéral a d’ailleurs confirmé leur présence ainsi que plusieurs autres du même acabit: le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres; la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde; les dirigeants de la Banque mondiale et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) également.

D’aucuns se souviendront en outre que la Russie avait été admise dans le club durant les années 1990 pour former un G8. Mais les portes du groupe ont claqué au nez de Vladimir Poutine il y a déjà quatre ans à la suite de l’annexion de la Crimée (Ukraine).

En 2018, Le Canada préside pour la sixième fois le G7. Chaque année, un pays différent assume la direction du forum politico-économique.

Au G7 de 1983, à Williamsburg en Virginie, où participaient Pierre Elliot Trudeau (Canada), Gaston Thorn (commission européenne), Helmut Kohl (Allemagne de l’Ouest), François Mitterrand (France), Ronald Reagan (États-Unis), Yasuhiro Nakasone (Japon), Margaret Thatcher (Royaume-Uni) et Amintore Fanfani (Italie).