2019 en 10 objets

On pourrait presque qualifier 2019 du titre «d’année de la guenille» tellement les vêtements de toutes sortes y ont souvent fait la manchette. Des costumes de Justin Trudeau à la presque totalité de la garde-robe de Catherine Dorion, les vêtements ont fait jaser pour le meilleur et pour le pire et il était normal qu’ils trouvent une place de choix dans la liste des 10 objets de l’année.

Un chandail de coton ouaté

«Heille! Fait-tu frette? T’es-tu ben dans ton coton ouaté?» D’accord, d’accord, vous auriez peut-être préféré oublier ces vers de l’imbuvable (pour certains) ou accrocheuse (pour d’autres) ritournelle du groupe Bleu Jeans Bleu, mais le fait est que le fameux «coton ouaté» mériterait probablement LE titre d’objet de l’année si on n’en nommait qu’un seul. Non seulement la pièce a permis à Bleu Jeans Bleu d’être nommé groupe de l’année au dernier Gala de l’ADISQ, mais le chandail de coton ouaté de la députée solidaire Catherine Dorion a monopolisé, pour le meilleur ou pour le pire, l’attention d’une bonne partie des médias pendant une bonne partie de l’automne. Certains auraient même voulu l’empêcher d’entrer à l’Assemblée nationale parce qu’elle portait le «chandail maudit»! Souhaitons-nous tous que les «débats» autour du vêtement de la députée de Taschereau disparaissent aussi vite de l’espace public que la pièce de Bleu Jeans Bleu...

Un ballon de basketball

En 2019, les Canadiens de Montréal n’ont pas participé aux séries de fin de saison de la LNH, les Alouettes de Montréal se sont inclinés en première ronde des séries et l’équipe de football du Rouge et Or de l’Université Laval n’a pas remporté la Coupe Vanier... La consolation des amateurs de sport allait venir d’une équipe de basketball torontoise, les Raptors, qui contre toute attente ont remporté le championnat de la NBA. We the North, clamait le slogan très fédérateur de l’équipe en route vers son premier championnat. Et pour couronner le tout, la ville de Québec a même eu droit au camp d’entraînement 2019 des Raptors à l’Université Laval, où les amateurs ont pu observer de près le Québécois Chris Boucher et les autres vedettes francophones, et longilignes, de l’équipe : Serge Ibaka et Pascal Siakam. Il faut le dire, une grande partie du Québec était Raptors cette année, n’en déplaise aux esprits chagrins qui y voient une trahison envers le nationalisme québécois.

Une citrouille

On raconte que les Celtes utilisaient des navets pour y sculpter des visages lors du festival de Samhain, qui se déroulait autrefois du 31 octobre au 1er novembre. Superposée à cette fête, l’Halloween l’a vite remplacée en Amérique et les Nord-américains ont adopté une cucurbitacée beaucoup plus pratique comme décoration : la citrouille. Cette année au Québec, un débat faisait rage à savoir quand il faudrait allumer les dites citrouilles pour inviter les petits monstres à venir quémander des friandises dans nos chaumières. Certaines villes, dont Montréal, Longueuil, Victoriaville et Thetford Mines, ont décidé de «reporter» l’Halloween du 31 octobre au 1er novembre en raison du mauvais temps prévu... Plusieurs se sont moqués de ces décisions, allant même jusqu’à suggérer de reporter Noël pour cause de neige abondante. Pendant ce temps, sans tambour ni trompette, Rouyn-Noranda ne faisait pas partie du débat puisqu’on y avait célébré l’Halloween le... 26 octobre! En effet, depuis plusieurs années et pour des raisons un peu occultes, les autorités de cette municipalité abitibienne fixent la date de la traditionnelle cueillette de bonbons au samedi le plus près du 31 octobre.

Un tramway

La Ville de Québec est passée d’un projet de «service rapide par bus» à un projet de tramway depuis quelques années. Restait à boucler le financement du chantier de 3,3 milliards $, ce qui a enfin été chose faite en 2019. La population a eu droit à quelques mois de tergiversations où le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial assuraient qu’ils allaient monter à bord sans s’entendre sur le partage des dépenses et où même la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui ne voulait pas perdre le financement de ses projets de transport en commun, s’est glissée dans le dossier. Le financement du tramway de Québec a finalement été réglé en août et la réélection des libéraux de Justin Trudeau aux élections fédérales est venue confirmer que le financement allait demeurer en place et que le projet allait aller de l’avant. Reste à savoir quand et si le budget initial sera respecté.

Un parapluie

Ce ne sont pas tant des averses et des ondées que des pluies de coups qui ont secoué la ville de Hong Kong cette année alors que plusieurs citoyens ont pris (de nouveau) les rues d’assaut, cette fois pour dénoncer les amendements proposés à la loi d’extradition. Ces amendements auraient permis que des résidents de Hong Kong, un ancien territoire britannique qui jouit d’un statut particulier en République populaire de Chine, puissent être jugés par le gouvernement Chinois, dont les lois sont fort différentes et beaucoup plus répressives. Comme lors des manifestations de 2014, où le mouvement avait pris naissance, les manifestants brandissaient des parapluies jaunes qui servaient entre autres à se protéger des jets de gaz lacrymogènes mais, malheureusement, pas des autres formes de violence policière.

Du maquillage brun

On ne peut pas dire que le vieil album des finissants de Justin Trudeau (sorti des boules à mites par un militant conservateur) où on le voit vêtu d’un costume d’Aladin et, surtout, le visage peint en brun pour se donner un teint du Moyen-Orient, a causé la perte du chef du Parti libéral du Canada. Le premier ministre sortant a tout de même «gagné ses élections», quoique maintenant à la tête d’un gouvernement minoritaire. Les images ont tout de même retenu l’attention durant une bonne partie de la campagne électorale, poussant le premier ministre à s’excuser alors que plusieurs, dont la Ligue des Noirs et l’Académicien Danny Laferrière, lui disaient pourtant qu’il n’avait pas besoin de le faire. Un autre épisode démontrant que c’est rarement une bonne idée pour un politicien de se mettre quoique ce soit sur la tête... ou sur le visage. À ce sujet, demandez à Gilles Duceppe. 

Une roche d’amiante

L’amiante n’est plus exploité au Canada depuis près de 10 ans, les deux dernières mines ayant fermé leurs portes pour de bon en 2011 et le gouvernement Trudeau en ayant interdit l’exploitation et la vente en 2018. L’amiante demeure cependant dans le nom de la ville d’Asbestos (qui signifie «amiante» en anglais), l’une des principales productrices de ce minerai par le passé avec sa défunte mine Jeffrey. Sans en parler en campagne électorale, le nouveau conseil municipal a décidé cette année de changer le nom de la ville pour lui donner meilleure image au niveau international. Plusieurs citoyens ont commencé à pousser les hauts cris, refusant qu’on essaie d’enterrer le patrimoine de leur ville en même temps que l’industrie qui la faisait vivre autrefois. Et pour ce qui est du nom, vous trouverez bien pire ailleurs dans le monde: l’état du Michigan compte une ville qui s’appelle Hell (Enfer), on peut visiter Idiotville en Oregon, la commune de Pauvres en France, la ville d’Ultramort en Espagne, pas très loin de la France, et escalader une colline appelée Faggot Hill au Massachusetts.

Une tresse

Figure quasi-messianique pour les environnementalistes, incarnation de l’antéchrist pour les climatosceptiques, la jeune Suédoise Greta Thunberg n’a laissé personne indifférent cette année. L’adolescente au visage poupin instigatrice des grèves scolaires pour le climat a voyagé à travers le monde pour faire passer son message environnemental, à grands coups de «How dare you!». À la simple vue de ses tresses qui rappellent sa compatriote Fifi Brindacier, les foules accouraient et les réseaux sociaux se remplissaient de commentaires d’un niveau pas toujours très élevé, pour utiliser un terme poli. Figurez-vous que certains se sont même mis à imaginer que la jeune fille avait la capacité de voyager dans le temps après lui avoir découvert une sosie sur une vieille photo de 1898 où on montre trois enfants en train de chercher de l’or au Yukon... Et pourquoi pas? La Delorean à voyager dans le temps de Doc Brown utilisait justement un carburant à base d’ordures recyclées à la fin du film «Retour vers le futur»!

Un chandail «Bonjour/Hi»

L’automne aura été pénible pour le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration Simon Jolin-Barrette. Quelques semaines avant le «PEQGate», le ministre avait proposé d’adopter des mesures répressives pour empêcher les commerçants (essentiellement montréalais) d’accueillir leurs clients en utilisant l’expression bilingue consacrée «Bonjour/Hi!», qui est presque devenue une devise informelle de la Métropole depuis quelques années. Quelques jours seulement après cette déclaration, son chef François Legault est sauté dans l’arène pour indiquer que... ça n’arriverait pas. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec veut toujours inciter les commerçants à accueillir leurs clients en disant seulement «bonjour», mais utilisera plutôt des mesures incitatives que répressives pour y arriver. Pendant ce temps, les entreprises qui impriment des chandails ornés de la fameuse formule, devenue un symbole de résistance pour ceux qui tiennent au caractère bilingue de Montréal, continuent de faire de bonnes affaires.

Un veston de Don Cherry 

S’il y a une chose qui va nous manquer de l’ex-entraîneur et commentateur Don Cherry, ce sont ses vestons colorés qui n’ont rien à envier à ceux de Lil Nas X et Snoop Dogg. Dans le vêtement, monsieur avait du style. Dans le verbe, disons que c’était de moins en moins vrai. Congédié par le réseau Sportsnet pour un (autre) commentaire douteux dans lequel il a accusé les immigrants (envers lesquels il a utilisé l’expression «vous autres») de ne pas porter le coquelicot pour souligner le Jour du Souvenir, l’hôte de «Coach’s Corner» n’en était pas à ses premières frasques verbales. Il aura fallu cela pour que le réseau se rende compte que celui qu’on surnomme «Grapes», s’il était parfois encore divertissant quand il parlait de hockey, était tout de même un peu dépassé quand il s’écartait du monde du sport. À 85 ans, Cherry pourrait encore rebondir ailleurs ou profiter d’une bonne retraite. S’il opte pour la seconde option, on s’ennuiera certainement... de ses vestons.