2018 en 10 objets

De la légalisation du cannabis à la révolte des gilets jaunes français en passant par l’ascension fulgurante de Hubert Lenoir et une campagne électorale historique, l’actualité de 2018 a encore un fois fourni son lot de surprises, de bonheurs et de malheurs. Le Soleil revient aujourd’hui sur l’actualité de 2018 à travers les objets qui ont marqué l’année.

1. Un litre de lait

Le litre de lait canadien a été bien en vue aux nouvelles cette année, plus particulièrement durant les derniers mois. Les producteurs laitiers du Canada avaient commencé à s’inquiéter de la concurrence américaine quand le président Donald Trump a déchiré l’Accord de libre-échange nord-américain. La nouvelle entente, adoptée un peu en catimini, ouvrait la porte au lait américain, qui pourra occuper 3,59 % du marché canadien. Plusieurs agriculteurs qui craignent pour la pérennité de leurs fermes ont alors accusé le premier ministre Justin Trudeau d’avoir sacrifié la gestion de l’offre. Au même moment, le député conservateur de Beauce Maxime Bernier, dont l’opposition à la gestion de l’offre était devenue une pomme de discorde avec son groupe parlementaire, quittait son parti pour fonder le nouveau Parti populaire canadien.

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2. Un pot de «pot»

Avant sa légalisation, la marijuana s’achetait dans de petits sacs auprès de revendeurs et sa qualité, et son prix, étaient plus ou moins contrôlés. Avec la légalisation, et la création de la Société québécoise du cannabis (SQDC), c’est dans de petits pots à l’épreuve des enfants que sont livrées aux clients les fleurs séchées des nombreuses variétés de cannabis disponibles en vue d’être fumées ou vapotées. Alors que certains ont crié au suremballage, c’est cependant davantage la rareté des petits pots en question qui a fait la manchette. Files interminables devant les rares succursales, produits constamment en rupture de stock et succursales devant se résoudre à n’ouvrir que quatre jours par semaine, le petit pot de «pot» a été un peu beaucoup victime de sa popularité.

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3. Un Félix

Le trophée nommé en l’honneur de Félix Leclerc et remis aux gagnants du Gala de l’ADISQ a eu droit à tout un traitement cette année. Après avoir été lancée par l’animateur Guy A. Lepage lors du gala de 2004, la petite statuette dorée est devenue le joujou de l’excentrique chanteur Hubert Lenoir, qui a fait mine de s’étouffer en se l’enfonçant dans la gorge après avoir remporté le Félix de la révélation de l’année, lui qui avait déjà en poche celui de l’album pop et de la chanson de l’année. «J’ai juste de l’amour à vous donner», a simplement lancé l’artiste de Beauport, vêtu d’une longue robe blanche et d’un t-shirt du groupe metal américain Anthrax.

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4. Un catalogue Sears

Lancé en 1887, l’emblématique catalogue Sears s’est vite transformé en incontournable dans les familles nord-américaines. Distribué chaque saison avec une édition spéciale à Noël, il est devenu l’un des principaux symboles de la libéralisation de la consommation, permettant à des acheteurs de régions éloignées de se procurer les articles disponibles dans les magasins des grandes villes. Cependant, les derniers catalogues Sears ont été publiés cette année, non seulement parce que la jadis glorieuse chaîne a fermé tous ses magasins au Canada, mais surtout parce que Sears a été forcée de déclarer faillite à la fin de l’année, annonçant la fermeture ou la mise en vente de tous ses magasins aux États-Unis. L’essor du commerce en ligne serait à blâmer pour les difficultés financières du géant du commerce de détail.

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5. Un chandail des Foo Fighters

S’il y a un groupe qui était attendu sur les plaines d’Abraham, c’est bien les Foo Fighters. On se souviendra qu’en 2015, leur prestation au Festival d’été n’avait duré que 20 minutes et quatre chansons en raison de l’orage de tous les diables qui s’était abattu sur le groupe et les festivaliers. La plupart avaient alors quitté les Plaines avec la sensation d’un coït interrompu. Mais le chanteur et guitariste Dave Grohl, probablement l’un des artistes les plus sympathiques envers son public, avait promis de revenir et il n’a pas raté sa chance en 2018. Cette fois, la pluie s’est arrêtée juste avant l’entrée en scène des Foo. Généreux, Grohl et sa bande ont même joué jusqu’à minuit, offrant un programme rempli de leurs classiques et même quelques reprises.

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6. Un sexto

Envoyer des images de son «turlusiphon» ou des photos salaces de ses supposées amies dans un message texte est rarement l’idée du siècle. Plusieurs l’ont appris à leurs dépens au cours de l’année, notamment ces élèves du Séminaire des Pères Maristes qui ont partagé des images explicites de certaines de leurs camarades de classe. Accusés devant le tribunal de la jeunesse, les garçons ont pu continuer de fréquenter l’établissement, une décision qui a été vivement critiquée, mais maintenue. Mais il n’y a pas que des adolescents qui paient le prix de leur étourderie. L’ex-ministre conservateur Tony Clement, à 57 ans bien sonnés, a dû quitter le caucus de son parti après avoir admis avoir «partagé des images explicites et une vidéo de lui-même avec une destinataire féminine qu’il croyait être consentante»...

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7. Une tuque

Dès son élection, la députée solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, a fait parler d’elle pour son style vestimentaire. Interviewée alors qu’elle célébrait avec ses militants sa victoire et celle de Sol Zanetti au Musée national des beaux-arts, plusieurs ont remarqué, et certains ont critiqué, la fameuse tuque noire qui est presque devenue l’une de ses marques de commerce. Le style vestimentaire de la nouvelle élue n’avait cependant pas fini de faire jaser puisque certains médias ont ensuite, plusieurs semaines plus tard, fait grand état du fait qu’elle ait porté une camisole et des bottes Dr. Martens à l’Assemblée nationale, qui n’a pourtant aucun code vestimentaire formel. Le président de l’Assemblée, le député caquiste François Paradis, a promis de réfléchir sur cette question, rappelant que la réglementation actuelle remontait à plusieurs décennies.

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8. Un Kraft Dinner

Mine de rien, la réponse de l’ex-premier ministre Philippe Couillard à la question d’un animateur de Radio Énergie aura eu un impact sur la campagne électorale du Parti libéral du Québec. M. Couillard a affirmé qu’il était d’accord avec l’énoncé de l’homme d’affaires et ex-Dragon François Lambert à l’effet qu’il était possible de faire manger un adulte et deux adolescents avec 75 $ d’épicerie par semaine. Il n’avait pas nécessairement tort puisque la classique boîte de macaroni au fromage de Kraft vendue 1 $, parfois un peu moins, peut effectivement permettre de boucler un tel budget... à condition de limiter les rations à une boîte par personne par repas et d’en manger à tous les repas, même au déjeuner! La réponse du PM a toutefois fait les manchettes durant plusieurs jours, le faisant paraître déconnecté de la réalité des familles et ouvrant la voie à une victoire éclatante de la Coalition avenir Québec. 

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9. Une clé Allen

La fameuse clé hexagonale est bien pratique pour monter les meubles du détaillant suédois IKEA, qui a (certains diront enfin) ouvert son magasin à grande surface à Québec en 2018. Depuis l’ouverture du centre de cueillette à la fin 2015, plusieurs s’étaient déjà mis à rêver d’un «vrai» IKEA à Québec qui leur éviterait de se taper le trajet jusqu’à Boucherville pour aller claquer leur argent sur des meubles qui requièrent du montage. Ils étaient 4000 le 22 août à attendre patiemment l’ouverture des portes pour ajouter à leur déco et, accessoirement, se gaver de köttbullar, les fameuses boulettes de viandes suédoises. Rien à voir avec le «vieux» IKEA de la défunte Place Lebourgneuf, fermé en 1996 parce que la clientèle n’était pas au rendez-vous.

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10. Un gilet jaune

Le gilet jaune que les automobilistes français doivent obligatoirement avoir à bord de leur automobile est devenu un symbole de résistance dans l’Hexagone en cette fin d’année. Porté quand l’automobiliste est en panne, il a été récupéré par des citoyens exaspérés par le prix élevé de l’essence et le coût de la vie. Routes bloquées, embouteillages, péages routiers improvisés, vandalisme et violence, le mouvement a pris une telle ampleur qu’il a forcé le président Emmanuel Macron, dont la cote de popularité est descendue plus bas encore que celle de son prédécesseur François Hollande, à annuler la hausse annoncée de la taxe sur l’essence. Macron a eu beau également offrir une hausse du salaire minimum et annuler une hausse d’impôt pour les retraités dans le besoin, les «gilets jaunes» semblaient tout de même déterminés à continuer le combat.