1 million $ pour l’aide aux victimes d’agressions

Le mouvement de dénonciation d’agressions sexuelles et de harcèlement #MoiAussi a déclenché un véritable «ouragan social» au Québec et ailleurs dans le monde, où les langues se sont déliées grâce à un élan de solidarité sans précédent sur les réseaux sociaux, selon la ministre de la Condition féminine, Hélène David.

Après les «bourrasques» que la province a connues au cours des dernières années notamment avec #agressionnondénoncée, voilà que l’intensité du phénomène a augmenté de plusieurs crans avec les allégations portées notamment contre Harvey Weinstein, Gilbert Rozon et Éric Salvail. 

Il ne s’agit plus d’une tornade, mais plutôt d’un «ouragan social» qui ravage la province, a identifié la ministre, qui a salué le «changement de culture» favorable aux dénonciations qui semblait être en train de s’opérer. 

Réaction rapide 

Mme David avait convié jeudi matin les journalistes pour dévoiler ce que son gouvernement proposait pour faire face aux dégâts que la bombe météorologique laissera sur son passage, soit l’injection immédiate d’un million $ pour les groupes communautaires chargés d’offrir des services d’aide aux victimes d’agression sexuelle et de harcèlement. 

«[…] On réagit rapidement parce qu’on anticipe une hausse des signalements et on ne veut pas laisser les personnes à elles-mêmes, alors on va être là pour répondre “présent” à leurs demandes», a fait valoir la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, qui était aux côtés d’Hélène David. 

Les deux femmes ont d’emblée laissé savoir qu’elles ignoraient combien et quelles seraient les organisations qui pourraient bénéficier de cet argent parce qu’elles devaient d’abord évaluer leurs besoins. 

«Nous allons prendre le temps de voir où seront les hausses des demandes et nous pourrons déployer les sommes, et c’est ce qu’on va s’employer à faire dans les prochains jours en fonction des demandes qui seront faites, mais on est déjà là pour plusieurs organismes communautaires», a expliqué Mme Charlebois, selon qui les montants pourraient être ajustés au besoin. 

Pas encore récurrent

Celle-ci n’a pas voulu s’avancer sur la requête de longue date des organismes communautaires, comme les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), de hausser leur financement récurrent. Selon le Regroupement des CALACS, environ 5 millions $ seraient nécessaires pour répondre à tous les besoins sur le terrain. 

«Aujourd’hui, ce qu’on dit, c’est : on va répondre à la hausse présumée de ce que pourraient être les signalements, ensuite, on verra», a répondu Lucie Charlebois tout en rappelant l’augmentation récente de 10 millions $ pour les organismes communautaires. 

Mme David n’a pas été plus loquace à ce sujet lorsqu’elle a été questionnée à ce sujet au Salon bleu par le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée ou par les journalistes un peu plus tôt. Elle a toute de même ouvert la porte à étudier le dossier, rappelant qu’elle venait tout juste d’être nommée à la Condition féminine. 

Celle qui est également ministre de l’Enseignement supérieur a cependant fait valoir qu’elle avait déjà agi en débloquant 23 millions $ pour contrer et prévenir les violences sur les campus collégiaux et universitaires et qu’une stratégie gouvernementale pour prévenir les violences sexuelles avait été déposée il y a un an par sa prédécesseure.

PLAIDOYER CAQUISTE POUR UN DÉLAI DE PRESCRIPTION 

Afin de venir en aide à davantage de victimes, la Coalition avenir Québec (CAQ) a remis de l’avant jeudi son projet de loi déposé en mars 2016 visant à abolir les délais de prescription empêchant les victimes d’agressions sexuelles de poursuivre leur agresseur au civil. Le porte-parole caquiste en matière de justice, Simon Jolin-­Barrette, a fait valoir le «trou dans la loi» pour les victimes agressées avant 2010, alors que plusieurs autres provinces n’ont plus cet obstacle. «Les victimes d’agression sexuelle ont souvent la vie brisée, elles ont besoin d’accompagnement, de soutien financier, de soutien psychologique et parfois elles se retrouvent sans rien, sans indemnité de l’État, sans indemnité de leur agresseur», a-t-il plaidé. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a rappelé tous les organismes et mécanismes d’aide existant au Québec sans toutefois répondre à la requête de la CAQ. Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a plutôt invité le parti de François Legault à se servir d’une procédure parlementaire pour «appeler» son projet la semaine prochaine.