Plus de 500 personnes se sont rassemblées sur la plage du parc Moussette, lors du deuxième week-end de juin, dans le cadre du programme Pêche en herbe.

« Pêche en herbe » : éveiller l’intérêt des jeunes

À l’ère des tablettes et des technologies de toutes sortes qui sont à portée de mains en un claquement de doigts ou presque, les jeunes ont-ils encore un intérêt pour passer du temps en famille, en pleine nature, à taquiner le poisson en période estivale ? Alors que le pic de la haute-saison sur les plans d’eau bat son plein, la pêche est-elle devenue un sport exclusif aux têtes blanches ?

Difficile de répondre de manière franche, mais des centaines d’associations et d’organismes qui ont à cœur l’activité s’efforcent chaque année, dans la Belle-Province, à maintenir bien vivant le bassin de relève chez les pêcheurs. 

Et l’Outaouais ne fait pas exception à cette « opération rajeunissement ».

Lancé en 1997, le programme « Pêche en herbe », chapeauté par la Fondation de la faune du Québec (FFQ), conjointement avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et l’entreprise Canadian Tire, permet tous les ans à des milliers d’enfants de se familiariser avec l’activité de la pêche.

D’ici la fin de l’été, plus de 17 700 enfants à travers la province auront obtenu gratuitement un permis de pêche valide jusqu’à leurs 18 ans, une canne, des leurres et une brochure éducative, en plus d’avoir eu accès à un atelier d’initiation pour apprendre les rudiments du sport, par le biais de l’une des quelque 230 organisations offrant le programme au Québec.

En Outaouais, 16 organismes proposent Pêche en herbe cette année. Pour la grande majorité d’entres-elles, l’activité d’initiation, ouverte au grand public, a eu lieu lors du week-end de la Fête de la pêche, entre le 7 et le 9 juin dernier. 

Ce choix de date « stratégique » permet de former des jeunes entre 6 à 17 ans et de bénéficier de la visibilité offerte par cette fête qui permet à n’importe qui de pêcher, durant trois journées, sans avoir à payer pour une licence.

« L’idée, c’est d’outiller les jeunes pour qu’ils puissent retourner pêcher avec un équipement de base, après l’activité », précise la directrice des communications à la FFQ, Mylène Bergeron, à propos de l’initiative Pêche en herbe.

Avec toute cette démarche visant à attirer les jeunes enfants vers la pratique de la pêche, il y a aussi une arrière-pensée environnementale.

« La relève à la pêche, ça amène les jeunes à l’extérieur et ça les incite à pratiquer une activité de plein air où ils sont en contact avec la nature. On sait que les gens qui sont en contact avec la nature sont généralement portés à la respecter un peu plus », ajoute la porte-parole.

Budget limité et forte popularité

Selon les chiffres de la FFQ, ce sont 302 000 jeunes qui ont bénéficié du programme depuis 1997. 

De ce nombre, 33 000 ont goûté à leur première expérience dans le cadre d’activités reliées à la pêche blanche. 

C’est que l’activité est aussi offerte en version limitée, en période hivernale.

Difficile de quantifier les résultats concrets de toute l’opération, mais la réponse des fournisseurs du programme est éloquente, d’après Mme Bergeron.

« On ressent l’engouement de la part les gens sur le terrain. Chaque année, on reçoit des nouvelles demandes d’organisation qui veulent proposer le programme. Parmi les demandeurs, on a des écoles, des municipalités, des organismes sans but lucratif, des clubs de chasse et pêche. Quand arrive le temps de sélectionner qui on finance et qui on ne finance pas, c’est crève-cœur. On aimerait en initier plus, mais nous sommes limités et on doit choisir les activités les mieux structurées et ayant une plus grande portée », explique-t-elle.

Le budget de fonctionnement de Pêche en herbe oscille autour de 250 000 $ par année. 

De ce montant, 160 000 $ proviennent du MFFP. 

Le restant du financement vient de la Fondation, par l’entremise notamment de son partenaire Canadian Tire, qui fournit le matériel à donner aux enfants participants.

« L’idée, c’est d’outiller les jeunes pour qu’ils puissent retourner pêcher avec un équipement de base, après l’activité », précise la directrice des communications à la FFQ, Mylène Bergeron, à propos de l’initiative Pêche en herbe.

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L'ENGOUEMENT SE FAIT SENTIR SUR LE TERRAIN

Réal Ducharme est responsable de Pêche en herbe pour l’Association des amateurs de chasse et pêche Alouette de Montpellier et du lac Schryer qui dispose de 100 places au sein du programme. L’organisme, situé dans la Petite-Nation, participe cet été à sa 19e campagne d’initiation.

Misant sur près d’une cinquantaine de bénévoles pour la bonne tenue du rendez-vous annuel, l’association commence à travailler sur l’événement au mois de janvier. 

C’est pourquoi il n’y a qu’un seul atelier pendant la période estivale et celle-ci a eu lieu le 8 juin, au lac Mulet, à Montpellier. 

Tous les ans, sans exception, la demande excède l’offre, note le responsable.

« C’est tellement populaire qu’il y a une file de jeunes qui attendent avec leurs parents une heure avant l’ouverture de l’activité. Souvent, nous n’avons plus de permis à donner une fois rendus à 10 h. Cette année, on a remis 100 permis et 100 cannes à pêche, mais on a quand même aidé au moins 165 jeunes », relate M. Ducharme.


« Ce qu’on constate, c’est qu’une année, c’est un enfant qui vient et deux ou trois ans plus tard, c’est son frère ou sa sœur. Plus tard, ce sera l’autre frère ou l’autre sœur. C’est très familial. »
Réal Ducharme, responsable de Pêche en herbe

Même si l’activité demande beaucoup d’organisation au niveau logistique, il s’agit d’une initiative à laquelle tient mordicus l’organisme, souligne le responsable du programme.

« Faire la promotion de la pêche, c’est notre objectif. L’autre affaire, c’est qu’on veut préparer la relève. C’est tellement une belle activité. Aller à la pêche, ça ne coûte pas cher. Ça prend un permis, une ligne et un plan d’eau, contrairement à la chasse où on a besoin de fusils et souvent d’un V.T.T. et d’un camion », souligne M. Ducharme.

Ce dernier estime qu’on voit un peu « moins de têtes blanches sur les cours d’eau » ces dernières années. 

Scientifiquement parlant, il est difficile d’attribuer le rajeunissement des pêcheurs uniquement à Pêche en herbe, mais M. Ducharme ose croire que le programme a des retombées directes.

« Ce qu’on constate, c’est qu’une année, c’est un enfant qui vient et deux ou trois ans plus tard, c’est son frère ou sa sœur. Plus tard, ce sera l’autre frère ou l’autre sœur. C’est très familial », dit-il.

Dans le clan des Pêcheurs à la mouche de l’Outaouais (PMO), Pêche en herbe est offert depuis trois ans. Plus de 500 personnes se rassemblent sur la plage du parc Moussette, dans le secteur Hull à Gatineau, lors du deuxième week-end de juin. 

« Nous avons 100 places pour les jeunes. Toutes les années, on manque de matériel. On le mentionne au ministère. On aurait pu avoir une cinquantaine de permis et de cannes d’extra cette année », lance Jean-Marc Roy, président des PMO.

Le souhait des organisations participantes est de toute évidence de semer la passion de la pêche chez les enfants.

« C’est difficile de dire à quel point ça fonctionne, mais on espère que ça va porter fruit », de conclure Richard L’Abbé, du Club de chasse et pêche Saint-Pierre de Wakefield, qui en est cet été à sa cinquième participation au programme.

Même si la majorité des fournisseurs de Pêche en herbe ont déjà tenu leur activité pour la période estivale, des places pourraient encore être disponibles dans certaines réserves fauniques de la province. 

> La liste des organismes offrant les ateliers est disponible au www.fondationdelafaune.qc.ca