Derecho: six mois plus tard, aucune aide

L'électricité est rétablie, les rues sont nettoyées, tout semble être revenu à la normale, sauf pour les forêts privées. Près de six mois après la tempête, les propriétaires de petites forêts attendent toujours de l’aide gouvernementale.

L'électricité est rétablie, les rues sont nettoyées, tout semble être revenu à la normale, sauf pour les forêts privées. Près de six mois après la tempête, les propriétaires de petites forêts attendent toujours de l’aide gouvernementale.


Jean Saint-Pierre essaie du mieux qu’il peut d'obtenir une aide quelconque de la part des gouvernements pour nettoyer les forêts délabrées. Le vice-président de Boisés Est est en constante communication avec les trois paliers de gouvernement pour aider ses membres. Jusqu’à maintenant, aucune aide concrète n’a été octroyée. Il se dit extrêmement déçu.

Du côté municipal, les maires s’entendent pour dire qu’ils ne peuvent pas venir en aide aux propriétaires de forêts. Ils communiquent avec la province pour ajouter leur voix aux recours, mais ne comptez pas sur les municipalités pour débourser de l’argent pour nettoyer les forêts privées.

«On tente par tous les moyens d’aller chercher des sous de la province ou du fédéral. On ne semble pas avoir beaucoup de résultats. Pour les propriétés privées, il n’y a pas grand-chose qu’on peut faire», affirmait au Droit le maire d’Alfred et Plantagenet Yves Laviolette en octobre dernier.

Au provincial, l’espoir d’obtenir une aide financière disparaît à travers les débris. «On a mis le dossier dans les mains de certains ministères, dont celui des Affaires municipales et du Logement. On ne s’attend pas à avoir beaucoup d’argent de leur côté», mentionne le député provincial de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin.

 Stéphane Sarrazin, député provincial de Glengarry-Prescott-Russell

Il ajoute que les assurances devraient payer pour ces dommages. Par contre, le gros des dégâts n’est pas sur les propriétés, mais dans les forêts. Et les arbres ne sont pas des biens assurables, note le directeur des communications et des affaires publiques au Bureau d’assurance du Canada, Pierre Babinsky. Les assurances couvrent seulement les dommages matériels qui ont été causés par un arbre qui tombe sur un toit par exemple.

Plantation qui attendra

Même si les forêts sont nettoyées, il faut toujours bien planifier leur repousse. La Conservation de la Nation Sud (CSN) s’affaire à planter de nouveaux arbres chaque année sur des propriétés publiques et privées dans l’Est ontarien.

Étant donné que les accès aux forêts privées sont difficiles en raison des nombreux arbres tombés et qu’il reste encore beaucoup de travail de nettoyage à faire, le processus de plantation devra attendre, souligne le directeur général, propriété, terres protégées et sensibilisation communautaire de la CSN, John Mesman.

Il indique toutefois que certains propriétaires ont commandé des arbres pour 2024-2025. Sauf qu’aucune propriété n’est assez remise de la tempête pour une replantation de leur terrain boisé pour le printemps 2023, ajoute M.Mesman.



Jule Rochon estime qu’il devrait recevoir de l’aide gouvernementale.

À bout de sève

Jule Rochon a terminé son travail dans sa forêt, pour cette année. Depuis le 22 mai, il s’acharne chaque jour pour rétablir son érablière. Avec l’aide de quelques-uns de ses proches, il a réussi à sauver une partie de ses érables. Mais il reste qu’il a perdu 30% de ses arbres et 40% de sa sève d’érable. Il estime les coûts de son rétablissement à 40 000$.

Il se dit chanceux d’être capable de pouvoir effectuer ce boulot, mais il croit qu’il devrait recevoir de l’aide gouvernementale. «On voit qu’on n’a pas d’écoute du gouvernement. C’est un désastre à l’échelle humaine. Je ne m’attends pas à être complètement couvert. Je compare ça aux inondations, les gens ont été aidés. Au moins, c’est réconfortant d'être couvert à 50%. Il y a des gens qui ont abandonné l'acériculture et ils ont laissé leur forêt dans cet état. C’est désolant quand on regarde ça.»

Infrastructure naturelle

Jean Saint-Pierre le répète, la perte des arbres ne nuit pas seulement aux propriétaires de boisés, mais à tout le monde. Le couvert forestier est un important capteur de gaz carbonique qui aide à réduire les gaz à effets de serre.

«Il y a une crise climatique et on se bute toujours à dire que ce n’est pas important. Les forêts aident à réduire les changements climatiques. Ces forêts détruites par la tempête ne sont plus efficaces pour capter le carbone», explique-t-il.

M. Sarrazin soutient que ce n’est pas aux contribuables qui ne possèdent pas de terrain boisé de payer pour ces dommages.

«Il faut prendre connaissance de l’importance des forêts pour tout le monde, réplique M. Saint-Pierre. Ce sont des infrastructures naturelles.»

Aide morale

Actuellement, il n’y a pas de programme d’aide en Ontario qui s’applique aux forêts privées. «Alors, lançons un nouveau programme, quand on veut on peut», dit le vice-président.

Même en sachant qu’il n’obtiendra probablement pas d’aide financière de la province, l'acharnement bénévole de Jean Saint-Pierre ne s’arrête pas. 

«Si on n’a pas d’aide des gouvernements, on doit explorer d’autres sources. On pourrait solliciter un appui moral, comme la fondation David Suzuki et d’autres organisations environnementales, il y en a beaucoup.» 

La tempête a coûté 23,8 millions de dollars à Hydro Ottawa.

Hydro Ottawa et Ottawa attendent toujours

«Le coût de la tempête et les réparations qui s'en suivent sont importants et auront un impact négatif sur notre situation financière en 2022», écrit Hydro Ottawa dans une lettre envoyée au conseil municipal d’Ottawa le 11 novembre dernier.

La tempête leur a coûté 23,8 millions de dollars et ils n’ont toujours pas reçu d’aide provinciale.

La Ville d’Ottawa est elle aussi en attente d’une compensation monétaire de la province. Leur facture s’élève à 20 millions de dollars.