Les origines naturelles et surnaturelles d’Arriola

L'auteur-compositeur et docteur en philosophie Martin Arriola s’est penché sur ses origines et celles du monde en explorant le mythe de la création des Guaranis.

Pour le docteur en philosophie Martin Arriola, la création est un thème riche, à la fois intime et universel. Avec son album concept Ñamandu, l’auteur-compositeur né au Québec de parents paraguayens s’est penché sur ses origines et celles du monde en explorant le mythe de la création des Guaranis.


«Cette culture fait partie de moi et, en même temps, elle est étrangère», indique Martin Arriola. Plusieurs immigrants de deuxième ou troisième génération se reconnaissent probablement dans cette déclaration.

Le musicien, qui enseigne également la philosophie au cégep, avait envie de devenir plus familier avec ses origines. C’est dans cette optique qu’il s’est plongé dans la mythologie d’un des peuples indigènes du Paraguay, les Guaranis.

Représenté sous la forme d’un arbre, Ñamandu est le dieu suprême à l’origine de tout. La légende dit qu’il se serait autocréé avec l’aide d’un colibri.

«C’est la nature, en fait, qui s’autocrée. C’est très beau. C’est comme surnaturel, mais en même temps c’est naturel : c’est la magie de la nature elle-même», s’émerveille le musicien.

Comme dans plusieurs mythologies, celle des Guaranis évoque un déluge d’où émerge un nouveau monde. Cette punition en apparence surnaturelle peut elle aussi être envisagée comme un phénomène induit par des forces naturelles.

«Avec les changements climatiques, on a l’impression qu’on pourrait vraiment vivre un déluge ou une catastrophe naturelle de ce genre», observe le philosophe.

Pensé pour le vinyle

Le déluge évoque aussi l’idée de commencer une nouvelle vie sur une nouvelle terre. C’est ainsi que commence la seconde partie de Ñamandu et la seconde face de sa version vinyle.

«L’album a été pensé pour le vinyle», indique l’artiste qui a longuement étudié les grands albums concepts comme Dark Side of the Moon et Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band avant de créer le sien.

Le projet musical d'Arriola fait écho à ses intérêts philosophiques.

La chanson Première terre, un entrainant hymne à la nature, a d’ailleurs un petit quelque chose de beatlesque avec ses mélodies pop psychédéliques.

«Ce qui est plus naturel pour moi, c’est de faire plus du rock avec des guitares, proche du vieux rock, du rock progressif et du rock psychédélique», précise le musicien.

Soucieux de donner un éclat contemporain à son projet, Arriola s’est aventuré du côté de l’électropop tout en gardant un équilibre avec son style habituel. 

Ñamandu offre donc une belle diversité d’ambiances musicales tout en conservant une certaine fluidité entre les pièces. On le remarque particulièrement dans l’enchainement organique des premiers morceaux de l’album.

L’artiste basé à Montréal a notamment collaboré avec Pascal Shefteshy (mixage) et Matt Colton (matriçage) pour peaufiner le son de son projet.

Le langage de la création 

En plus de lancer son premier long jeu cet automne, le professeur de philosophie a aussi publié son premier livre, L’éthique comme manière de vivre.

«C’est basé sur ma thèse de doctorat. [L’idée est] qu’on peut utiliser le langage philosophique pour opérer une transformation existentielle», explique l’auteur dont le projet musical fait écho à ses intérêts philosophiques.

Le mythe de la création du monde des Guaranis s’intitule plus précisément «l’origine du langage», car celui-ci précède l’arrivée des premiers êtres vivants.

«Ils ont vraiment une conception du langage intéressante. Il faut qu’ils inventent le langage avant d’inventer les humains et les choses naturelles : le langage est la relation qui permet toute relation», explique l’artiste qui a décidé d’inclure les voix de ses propres créateurs sur cet album concept.

Lui-même père, le musicien est conscient que l’acte de création n’est pas réservé aux divinités et aux artistes.

Ainsi, dans la chanson Colibri, on peut entendre les parents de Martin Arriola réciter des extraits du mythe de Ñamandu en espagnol et en guarani.

«[Mes parents] sont contents que je reprenne contact avec ces origines. On dialogue là-dessus régulièrement, ça ravive des souvenirs», mentionne l’artiste.

Certains souvenirs sont toutefois plus douloureux que d’autres. Dans la chanson L’origine à l’envers, Arriola met en parallèle son conflit identitaire intérieur avec les conflits armés et les violences qui ont incité ses parents à quitter le Paraguay.

«La dictature, c’est la violence institutionnalisée. Ça dépasse l’entendement. C’est quelque chose dont j’ai beaucoup entendu beaucoup parler à travers mes parents, mais que je ne suis pas capable de saisir concrètement», confie Arriola.

Plutôt que d’organiser un grand spectacle de lancement ou de produire des vidéoclips pour accompagner chaque chanson, le musicien a décidé de réaliser un documentaire en cinq capsules expliquant son projet. Celles-ci sont accessibles à partir du site web d’Arriola

«C’est assez intense de travailler à temps plein comme prof et de faire un album, mais je ne suis pas capable d’arrêter, c’est ma passion», affirme le créateur qui désire continuer à conjuguer ses deux passions encore longtemps.