Crise forestière: des élus de l'Outaouais et des Laurentides demandent des actions immédiates

Des élus de l’Outaouais et des Laurentides font front commun pour demander une intervention immédiate du gouvernement dans le but de sauver l’industrie forestière des deux régions qui est en crise depuis la fermeture de l’usine Fortress, à Thurso.

Des élus de l’Outaouais et des Laurentides font front commun pour demander une intervention immédiate du gouvernement du Québec et du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, dans le but de sauver l’industrie forestière des deux régions qui est en crise depuis la fermeture de l’usine Fortress, à Thurso, et qui se retrouve maintenant plombée par l’inflation grandissante. 


Réunis à Gracefield, dans la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, mercredi matin, des représentants de la Conférence des préfets de l’Outaouais (CPO) et du Conseil des préfets et élus de la région des Laurentides, accompagnés de travailleurs forestiers et de dirigeants de grandes entreprises de l’industrie des deux territoires, ont effectué une sortie publique pour demander au ministre Dufour de «passer de la parole aux actes» dans le cadre du projet pilote de planification collaborative, lancé en juillet 2021. 

Ce projet pilote émane de la cellule de crise qui avait été déployée à la fin 2019, par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), dans la foulée de la fermeture de l’usine Fortress, la seule papetière de la région qui transformait le bois de trituration provenant de l’Outaouais et des Laurentides. 

Projet sur six ans

Étalé sur six ans, le projet pilote vise à permettre aux industriels d’avoir un pouvoir de décision dans le processus de planification opérationnel. Ultimement, l’objectif de la démarche est de réduire les coûts associés à la récolte en forêt mixte.

Or, déplore Benoît Lauzon, qui est président de la CPO et préfet de la MRC de Papineau, en date d’aujourd’hui, ce projet pilote ne répond pas aux besoins des industries.



Benoît Lauzon, qui est président de la CPO et préfet de la MRC de Papineau

Dans le cadre des travaux de la cellule de crise, les entreprises ont ouvert leurs livres, soutient M. Lauzon. Tous les rapports démontrent qu’il y a eu une hausse des coûts d’approvisionnement de 38% pour les entreprises qui font de la coupe en forêt mixte en Outaouais, depuis l’entrée en vigueur du régime forestier de 2013. Seuls le ministre Dufour et les représentants de son ministère ne reconnaissent pas ses chiffres, accuse M. Lauzon.

Un «crédit sylvicole» de 2000$ par hectare réclamé 

La CPO et le Conseil des préfets et élus de la région des Laurentides réclament conjointement auprès de Québec et du ministre Dufour un «investissement de 2000$/hectare régressif sur une période de six ans pour les coupes partielles dans les forêts mixtes et feuillues de l’Outaouais et des Laurentides et une simplification administrative» afin de permettre «la survie» de la filiale forestière pendant la réalisation des travaux du projet pilote. 

«Les usines ne seront pas capables de demeurer en service durant six ans avec les conditions que nous avons aujourd’hui. C’est beau un projet pilote, mais ça prend des outils dans le coffre. Il faut vraiment qu’il y ait un crédit sylvicole qui soit mis en place. Ce n’est pas une subvention qui est demandée au gouvernement. On demande au gouvernement de payer sa part dans des opérations forestières sur des terres publiques qui lui appartiennent», clame Benoît Lauzon. 

Le groupe d’élus régionaux martèle que Québec doit agir maintenant et rappelle que la fermeture en 2008 de la papetière à Portage-du-Fort, dans la MRC Pontiac, qui avait coûté plusieurs centaines d’emplois à l’époque, se fait encore ressentir aujourd’hui. Cette dernière produisait de la pâte Kraft. 

«La fermeture de Smurfit-Stone a eu impact négatif. Ça a créé un surplus de pâte dans la région. Fortress consommait depuis un million de mètres cubes de bois de pâte dans les dernières années, ce qui était énorme. Avec la fermeture en octobre 2019 de Fortress, nous n’avons plus de preneur de pâte. C’est devenu extrêmement complexe de faire des opérations forestières dans la région», ajoute le président de la CPO.

Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs,

Rencontre d’urgence avec le ministre Dufour

Une rencontre est également réclamée par les élus régionaux et les dirigeants des entreprises forestières des deux régions, avec le ministre Dufour, d’ici les deux prochaines semaines. 

«On veut discuter de vive voix avec le ministre Dufour. C’est primordial que le gouvernement lance un message positif en disant que l’industrie forestière est importante pour l’Outaouais et les Laurentides et qu’il est là pour la soutenir pour faire en sorte qu’elle est viable. C’est le message qu’on veut entendre de la part du ministère», tonne le président de la CPO.

Les élus craignent des pertes d’emplois importantes si rien n’est fait. «Les régions Outaouais-Laurentides généraient, en 2020, 8 756 emplois dans tous les secteurs d’activités économiques de la foresterie, selon le répertoire des établissements d’Emploi-Québec. Un gouvernement identifié aux régions se doit d’agir dans ce dossier. Sans intervention immédiate du MFFP, la crise de la main-d’œuvre sera accentuée», plaide le préfet de la MRC d’Antoine-Labelle et maire de Mont-Laurier, Daniel Bourdon. 

Au moment de publier ces lignes, Le Droit était toujours en attente d’une réaction du cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.