Des craintes d'un recul sur l'avortement au Canada

Quelques dizaines de personnes se sont réunies lundi sur la colline parlementaire à Ottawa en signe de soutien envers les Américaines, mais aussi pour dire qu'elles ne veulent en aucun cas qu'un «recul» de la sorte soit observé de ce côté-ci de la frontière.

L'invalidation de l'arrêt Roe c. Wade par la Cour suprême des États-Unis suscite des inquiétudes jusqu'au Canada. Quelques dizaines de personnes se sont réunies lundi sur la colline parlementaire à Ottawa en signe de soutien envers les Américaines, mais aussi pour dire qu'elles ne veulent en aucun cas qu'un «recul» de la sorte soit observé de ce côté-ci de la frontière.


Pancartes à la main, environ 50 personnes ont tenu à faire savoir qu'elles s'opposent à la décision de la Cour suprême des États-Unis, qui a statué vendredi que l'avortement ne représente pas un droit constitutionnel. «Mon corps, mon choix», «solidarité aux utérus du monde entier» ou encore «gère ta prostate, je vais gérer mon utérus» font partie des messages qu'on pouvait lire sur les affiches des participants à ce rassemblement.

«Indignation»

Chargée de projet et responsable des communications pour l'Assemblée des groupes de femmes d'interventions régionales (AGIR) de l'Outaouais, Isabelle Cousineau voulait être sur place pour montrer à la fois sa «solidarité» et son «indignation par rapport à ce qui se passe en ce moment aux États-Unis».

«C'est aussi très important d'être ici pour souligner qu'au Canada, on ne veut jamais voir un recul comme ça par rapport aux droits des femmes, a mentionné Mme Cousineau. […] Encore aujourd'hui, ces services-là [d'avortement] sont vraiment difficiles d'accès pour les femmes qui vivent en milieu rural, donc on est ici pour rappeler que ce n'est pas un droit acquis, qu'il faut continuer à travailler fort pour le préserver.»

Des manifestantes pour le droit à l'avortement sur la colline Parlementaire

Ce qui fait craindre un «recul» en la matière au pays, c'est que certains élus «sont très ouvertement contre l'avortement», déplore Mme Cousineau, qui estime qu'il faut donc agir «en prévention pour s'assurer que ces élus-là ne gagnent pas plus de terrain avec leurs idées contre le droit à l'avortement».

Un droit «peu importe la raison»

Intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) de l'Outaouais, Émilie Grenon était vêtue d'un costume de La servante écarlate pour dire qu'elle trouve «scandaleux» ce qui se passe en sol américain. «Je veux dire à nos parlementaires qu'on est pour le droit à l'avortement, on est pour le choix», a-t-elle mentionné, en assistant que le choix d'avoir recours à un avortement doit être offert aux femmes, «peu importe la raison».

Intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) de l'Outaouais, Émilie Grenon était vêtue d'un costume de <em>La servante écarlate</em> pour dire qu'elle trouve «scandaleux» ce qui se passe en sol américain.

Isabelle Cousineau d'AGIR Outaouais a également fait valoir que même si le droit à l'avortement est révoqué, de nombreuses femmes continuent d'y recourir, mais dans des conditions qui sont dangereuses pour leur santé. «La deuxième raison pour laquelle les femmes vivent de la mortalité en grossesse ou en accouchement, c'est lié à des avortements non sécuritaires, a-t-elle souligné. Donc c'est vraiment important de rendre ça légal, de rendre ça le plus accessible possible, de s'assurer que ce soit fait de façon sécuritaire et que les femmes se sentent en confiance, qu'elles soient à l'aise de demander ce service-là à leur médecin, partout au Canada.»

Accès inégal même au Canada

Avec sa petite Jamie de 14 mois dans les bras, Michèle Frenette était sur place pour montrer sa solidarité envers les Américaines. Membre du collectif de recherche FemAnVi et étudiante au doctorat en travail social, Mmne Frenette a aussi rappelé que l'accès à l'avortement n'est «pas encore parfait» au Canada et que ce sont «souvent les femmes et les filles les plus marginalisées» qui peinent à obtenir ce service.

Conseillère municipale du district de l'Orée-du-Parc à Gatineau, Isabelle N. Miron avait déjà livré un plaidoyer pour le droit à l'avortement. Mais elle tenait aussi à être devant le parlement, lundi midi, avec la plus jeune de ses trois filles, pour répéter qu'elle ne peut pas imaginer un monde dans lequel ses filles auraient moins de droits qu'elle. «C'est une situation qui me rend très inquiète et très en colère aussi, a indiqué Mme Miron. C'est un peu facile de dire 'ça se passe ailleurs, on n'a pas besoin de s'en préoccuper', sauf qu'on sait très bien qu'il y a des partis [ici] qui veulent ouvrir ce débat.»

Membre de l'exécutif de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l'Outaouais, Benoit Lacasse tenait aussi à faire partie de la mobilisation, lundi, en guise de solidarité pour toutes les femmes, qui composent la majeure partie des membres de ce syndicat du réseau régional de la santé de l'Outaouais.