Stephane Alexis: la photographie comme exutoire

Stephane Alexis, d’Ottawa, utilise l’art pour questionner l’Autre, mais aussi pour se libérer et pour s’évader de la réalité.

Stephane Alexis est de ces artistes qui se tournent vers la création pour s’évader, pour s’exiler dans sa tête. L’artiste d’Ottawa utilise aussi l’art pour forcer l’Autre à se questionner et l’amener à mieux comprendre les communautés qui l’entourent.


Sa série de photographies Chains & Crowns, principalement inspirée du parcours capillaire de la mère de l’artiste en arts visuels, interroge les standards de beauté qui jugent les cheveux crépus laids et peu soignés.

«Ce projet traite des styles de cheveux noirs, de leur impact dans la culture et chez les gens issus de la communauté noire, indique l’artiste de 28 ans. J’ai moi-même vécu mes propres expériences avec mes cheveux, mais c’est en parlant avec ma mère et d’autres gens de leur relation amour-haine avec leurs cheveux que je me suis intéressé au sujet.»



Exposition

Plus de 40 photos sont présentement exposées à la galerie Pierre-François Ouellette Art contemporain, à Montréal, jusqu’au 14 mai. Dans l’œil de Stephane Alexis, la lumière enveloppe la résilience des communautés noires et célèbre l’héritage des coiffures.

À coup de recherches et de discussions dans sa communauté pour guider l’élaboration de son projet, Stephane Alexis s’est intéressé à l’origine des coiffures de la culture noire, symbole de créativité, mais aussi de résistance.

«Lorsque j’ai commencé à faire mes recherches sur ces coiffures, j’ai rapidement réalisé que le passé n’était pas aussi lointain que je le pensais, dit-il. J’ai constaté qu’il y avait plusieurs éléments persistants et que les traumatismes du passé avaient toujours des répercussions structurelles et psychologiques sur la communauté noire.»

Coiffure noire

Chaque cliché de Chains & Crowns représente une différente coiffure noire, un portrait dont l’identité est définie par les lignes et les tissages des coiffures. La singularité de ce projet réside dans le choix de l’artiste de capturer seulement le derrière des têtes de ses modèles. Véritables sculptures, les têtes semblent flotter proposant une unicité pour chacune des photographies.



La série de photographies <em>Chains & Crowns</em> propose plus de 40 clichés inspirés des coiffures noires.

«L’objectif de ce projet est d’apporter une nouvelle compréhension de la communauté noire à la communauté noire et aux membres extérieurs à cette communauté, indique Stephane Alexis. Je crois que la compréhension conduit à la familiarité, et la familiarité à la communauté. Si nous commençons à nous comprendre les uns les autres, nous aurons la possibilité de construire des communautés plus fortes pour nous et les générations futures.»

La photographie comme exutoire

Très jeune, Stephane Alexis se réfugiait derrière un pinceau ou un crayon pour quitter, l’instant d’un croquis, la réalité dans laquelle il vivait. Problèmes raciaux, une maladie qui a nécessité plusieurs opérations et de nombreuses visites à l’hôpital, l’artiste en arts visuels avait besoin d’un exutoire.

Pendant les moments difficiles, je peignais, dessinais ou bricolais. J’utilisais tout ce qui me tombait sous la main pour m’éloigner de la réalité.

Tranquillement, la photographie s’est présentée à lui comme quelque chose d’inattendu. Entre capturer ses sorties entre amis et tenter de trouver des moyens créatifs pour représenter la communauté caribéenne canadienne, Stephane Alexis a navigué ainsi jusqu’à ce que des portes se dessinent à l’horizon.

Diplômé en arts photographiques et production à la School of the Photographic Arts à Ottawa depuis 2020, Stephane Alexis a reçu plusieurs bourses du Conseil des arts de l’Ontario. Il a notamment été choisi pour l’exposition Karsh Continuum 2022 à Ottawa.

Chaque cliché de <em>Chains & Crowns</em> représente une différente coiffure noire, un portrait dont l’identité est définie par les lignes et les tissages des coiffures.

Il a également été choisi par l’artiste Eddy Firmin pour faire partie du Festival Art Souterrain à Montréal. La série Chains & Crowns est exposé jusqu’au 30 juin au Complexe Guy-Favreau, près du métro Place-des-Arts.