Nouvelle flambée des prix du bois d’œuvre

Après un retour à un niveau de marché «régulier» à la fin de l’été, voilà que le bois d’œuvre connaît une nouvelle remontée des prix.

Après un retour à un niveau de marché «régulier» à la fin de l’été, voilà que le bois d’œuvre connaît une nouvelle remontée des prix.


En Outaouais, la situation inquiète autant les entrepreneurs en construction que les détaillants qui ont l’impression de vivre le jour de la marmotte.

«Les panneaux, les 2x4 et 2x6, ça n’a juste pas d’allure. Nous n’avons pas atteint les niveaux record de 2021, mais si on compare avec janvier de l’an dernier, quand c’était déjà trop cher, c’est définitivement plus élevé. On peut parler d’une hausse de 20% des prix si on compare à pareille date avec 2021», lance Sylvain Chartrand, directeur des achats chez Matériaux Bonhomme, une entreprise qui gère plusieurs cours à bois en Outaouais et du côté ontarien.



Les raisons de cette nouvelle hausse des prix sont nombreuses. Le variant Omicron, qui joue les trouble-fêtes en se propageant parmi les employés des moulins à scie, et la construction résidentielle qui va bon train aux États-Unis et au Canada, ce qui augmente la forte demande pour les matériaux, y sont notamment pour quelque chose, souligne M. Chartrand. Mais ce ne sont pas les seuls facteurs.

«La majorité du contreplaqué que nous avons vient de l’Ouest où les inondations ont frappé fort. Avec les usines fermées, les routes et les voies ferrées brisées, les commandes ont été retardées. J’ai reçu mardi une commande que j’avais passée en novembre. Le contreplaqué aussi est rendu à des niveaux de prix trop haut», cite en exemple le gestionnaire de quincaillerie.

M. Chartrand confie ne plus savoir sur quel pied danser depuis le début de la crise sanitaire.

Instable

Le secteur des matériaux construction, plus spécifiquement celui du bois, n’a jamais été aussi instable. Les consommateurs ont d’ailleurs pu observer l’explosion des prix de la ressource transformée dès les premiers mois de la pandémie une fois que la ruée pour les projets de rénovation et d’aménagement de terrasses a pris son envol.



Le prix du bois d’œuvre au pays a connu des sommets au début de l’été 2021 avant de chuter drastiquement entre juillet et la fin de la saison estivale.

«Je pense que c’est le cas de tous les propriétaires de cours à bois. Nous sommes nerveux à acheter beaucoup de bois. On écoute les spécialistes, on se consulte, mais l’été dernier, en un mois, les prix ont descendu tellement rapidement que nous étions pris avec un inventaire tellement cher que nous devions écouler. C’est très délicat», lance Sylvain Chartrand.

Selon Ressources naturelles Canada, le prix hebdomadaire d’un 2x4 épinette-pin-sapin de l’Est se vendait 1405$ par millier de pied-planche, le 7 janvier.

Preuve que le bois d’œuvre de résineux grimpe en valeur, la moyenne du prix hebdomadaire par millier de pied-planche pour ce même type de matériau était de 1350$, le 31 décembre, et de 1153$ pour les 52 dernières semaines, selon le même rapport de Ressources naturelles Canada.

Entrepreneurs inquiets

Pour Nicolas Brisson, directeur général de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) Outaouais et Nord-Ouest, la tendance actuelle n’annonce probablement rien de bon pour les entrepreneurs de la région.

«On est très inquiet. On se retrouve, comme l’année passée, avec une augmentation rapide et importante des prix, ce qui risque d’avoir des conséquences sur les coûts de construction. L’autre inquiétude que nous avons, c’est au niveau de l’approvisionnement. Est-ce que la chaîne de distribution va entraîner des problèmes de pénurie comme nous avons vécu l’an dernier? On suit la situation de très près», affirme M. Brisson.



Ce dernier a cependant espoir que le marché pourrait possiblement se stabiliser plus tôt que tard en raison de la situation économique qui sévit au sud de la frontière. M. Brisson rappelle que plus de 30 % du bois d’œuvre utilisé pour les travaux de construction résidentielle aux États-Unis provient du Canada.

«On a annoncé mercredi (le 12 janvier) une inflation de 7% aux États-Unis, un record depuis 1982. On s’attend à ce qu’il y ait une faible hausse des taux d’intérêt. Ça pourrait avoir un effet sur le marché immobilier et réduire la demande pour les constructions neuves dans le pays. Si la demande pour le bois d’œuvre canadien baisse aux États-Unis, c’est sûr que c’est positif. On spécule, mais ça pourrait signifier une hausse moins élevée que l’an dernier», témoigne le directeur général de l’APCHQ Outaouais et Nord-Ouest.