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Jan Harder: une tape sur les doigts

La conseillère municipale Jan Harder

CHRONIQUE / Vous êtes en conflit d’intérêts? Ce n’est pas une faute en soi, et ça ne fait pas de vous une personne malhonnête. Heureusement! On finit tous, un jour ou l’autre, par se retrouver dans une telle situation.


Non, ce qui fait la différence lors d’un conflit d’intérêts, c’est la réaction. Il faut le divulguer sans attendre. Hé, je suis en conflit d’intérêts! Par souci de transparence et d’honnêteté. C’est là-dessus qu’on sera jugé.

Et c’est encore plus vrai lorsqu’on est un élu du peuple ou le titulaire d’une charge publique. Sinon, les conséquences sont parfois désastreuses.



C’est ce qu’a appris à la dure la vétérante conseillère Jan Harder. Elle a dû démissionner de son poste de présidente du puissant comité d’urbanisme de la Ville d’Ottawa, mercredi, au terme d’une enquête du commissaire à l’intégrité.

Ce qu’on lui reproche?

Essentiellement, d’avoir octroyé un contrat à une société privée, propriété d’un ami de longue date, pour la conseiller sur des questions d’urbanisme. La société en question - The Stirling Group - compte parmi ses clients des promoteurs qui cherchent à obtenir des permis et des changements de zonage auprès de la Ville d’Ottawa.

L’apparence de conflit d’intérêts est grosse comme le bras.



À la tête du comité d’urbanisme, Mme Harder jouit d’une influence considérable sur le développement immobilier de la ville. Jamais, au grand jamais, elle n’aurait dû se rapprocher d’une société liée d’aussi près à plusieurs promoteurs en demande auprès de la ville.

Ce qu’a d’ailleurs bien noté le commissaire à l’intégrité en recommandant notamment, au terme d’un rapport d’une centaine de pages, qu’elle soit démise de son poste de présidente du comité d’urbanisme. Ce qui s’est produit mercredi.

Le plus ahurissant dans toute cette affaire, c’est que Jan Harder - qui siège au conseil depuis 1997 et a donc un certain flair politique - n’a pas perçu l’apparence de conflit d’intérêt que représentait l’embauche d’une firme aussi proche des promoteurs pour une élue dans sa position.

Pourtant, l’époque où un maire invitait des promoteurs à dîner dans un chic restaurant - et payait l’addition au terme du repas - est révolue. Il y a eu depuis cette époque quelques scandales - celui des commandites notamment, de même que la commission Charbonneau au Québec - qui ont éveillé les consciences et fait évoluer les mentalités.

De nos jours, les citoyens s’attendent à ce que leurs élus se tiennent à une saine distance des influenceurs de toutes sortes. L’objectif étant qu’ils prennent des décisions dans l’intérêt du plus grand nombre, et non en faveur d’une élite.

De toute évidence, Mme Harder n’a pas compris cela. Un passage du rapport du commissaire à l’éthique est particulièrement éloquent sur cet aspect. Quand des gens ont réalisé que Mme Harder avait embauché la firme de son ami Jack Stirling pour la conseiller, une journaliste du Leveller l’a contactée pour obtenir sa réaction.



«Jugez-vous approprié, lui a essentiellement demandé la journaliste, que la fille de Jack Stirling, Alison, travaille à la fois pour vous et la société de son père? Est-ce que ça ne vient pas renforcer l’impression que les promoteurs ont trop d’influence à l’hôtel de ville?»

Or quelle a été la première réaction de Mme Harder?

Pas de rappeler la journaliste pour s’expliquer comme une élue consciente de son rôle aurait dû le faire. Ni de divulguer au plus tôt une apparence de conflit d’intérêts. En lieu et place, elle a avisé son vieil ami Jack Stirling - à deux reprises - qu’elle ne répondrait pas à la question de la journaliste. Ce qui en dit long, en soi, sur son allégeance dans cette affaire.

La sanction dans ce dossier - une démission - est bien mince. Le maire Jim Watson, qui ne pouvait décemment la défendre, a réussi à lui éviter la suspension de salaire recommandée par le commissaire. La Ville d’Ottawa remboursera aussi ses frais juridiques. Autant dire une tape sur les doigts. Qui renforce l’impression que les promoteurs en mènent large à l’hôtel de ville.