24 h dehors pour comprendre les sans-abris et les aider

Une trentaine d'étudiants de La Cité collégiale se sont mis dans la peau des sans-abri et ont passé la nuit dehors, dans la nuit de jeudi à vendredi, bravant le froid, la faim et la fatigue.


«J'avais du givre sur mon sac de couchage, j'avais froid et c'était humide. Je n'ai pas beaucoup dormi et j'ai pensé vouloir retourner chez moi», confie Josiane Lacoursière, une étudiante du collège d'Ottawa en deuxième année au programme de technique de réadaptation de justice pénale.

Comme ses collègues de classe, la jeune femme a passé 24 h dehors, jusqu'à 16 h vendredi, exposée au vent sur le pont Mackenzie King, près du Centre Rideau et de l'édifice de la Défense nationale.



«Quand il fait froid, les gens qui te tombent habituellement sur les nerfs, tu t'en fiches et tu te colles pour te réchauffer», lance Christine Denis, une autre étudiante.

L'objectif est de vivre l'expérience des quelque 1 000 personnes à Ottawa qui n'ont pas de maison où aller dormir. Les étudiants ont aussi saisi l'occasion pour amasser des fonds pour venir en aide au programme des itinérants chroniques de l'Armée du Salut d'Ottawa.

Au passage du Droit vendredi avant-midi, le groupe avait porté secours à une mouette percutée par un autobus. La pauvre bête était emmitouflée dans une couverture.

«Ce sont de bons jeunes», lance le sans-abri Darryl Dempsey, 43 ans, qui a passé la nuit avec eux et son chien Muff pour assurer leur «protection».



Grâce au programme de l'Armée du Salut, auxquels les quelque 2 000 $ en dons amassés par les étudiants serviront, il sortira finalement de la rue après y avoir passé quatre ans. Vendredi prochain, l'homme affirme qu'il partagera une maison avec trois chambres avec deux autres personnes dans la même situation.

Darryl a abouti dans la rue après une accumulation d'ennuis, un mariage qui a mal tourné et des problèmes de boisson.

«Ça me prend quatre canettes comme ça pour démarrer le matin, explique-t-il en montrant une bouteille de bière. Après ça je fais la manche de 7 h à 10 h et de 15 h à 18 h. J'arrive à amasser les 22 $ pour mes bières, mes cigarettes et ma bouffe.»

«Ça m'a ouvert à leur réalité et permis de comparer avec les préjugés à leur endroit, comme quoi les itinérants ne veulent pas s'aider. C'est plus complexe», indique pour sa part Sophie Faubert, l'étudiante coordonnatrice du projet.

«Les gens et nos familles ont été très généreux avec nous et nous ont amené des soupes, des cafés, des beignes, des sandwiches. Mais la réalité des gens dans la rue est autre», ajoute-t-elle.